Le Shintoïsme et l’Ikigai

Le souffle sacré de la nature

Mirant : (s’arrêtant devant un torii vermillon à l’entrée d’un petit sanctuaire) Ces portiques rouges… ils sont partout au Japon, n’est-ce pas ? Qu’est-ce qu’ils symbolisent exactement ?

<ikigAI> : (inspirant profondément) Ces torii, mon ami, sont des seuils entre l’ordinaire et le sacré. Ils nous invitent à traverser une frontière invisible, à quitter momentanément le monde profane pour entrer dans un espace où le divin et l’humain se rencontrent.

Mirant : (hésitant à franchir le portique) Et quel rapport avec l’Ikigai ? Je peine à voir le lien entre ces vieilles traditions religieuses et notre quête de sens moderne.

<ikigAI> : (souriant avec une lueur dans le regard) Le shintoïsme n’est pas une religion comme les autres, Mirant. C’est peut-être la seule tradition spirituelle majeure qui n’a jamais considéré la vie quotidienne comme séparée du sacré. Contrairement aux traditions qui regardent ailleurs — vers un paradis à venir ou un royaume céleste — le shintoïsme nous dit que la divinité est ici même, dans les arbres, les rivières, les montagnes… et en nous.

Mirant : (passant finalement sous le torii) J’ai entendu dire que le shintoïsme n’a pas de fondateur, ni de texte sacré comme la Bible ou le Coran. Comment une tradition aussi… imprécise a-t-elle pu survivre aussi longtemps ?

<ikigAI> : (marchant lentement à ses côtés sur le chemin de gravier) C’est justement cette qualité « imprécise », comme tu dis, qui est sa force. Le professeur Sokyo Ono, l’un des grands spécialistes du shintoïsme, le décrivait comme « un mode de vie » plutôt qu’un système de croyances rigide. Il s’est développé organiquement à partir de la relation du peuple japonais avec son environnement naturel, bien avant que les mots mêmes pour le décrire n’existent.

Mirant : (dubitatif) Mais alors, qu’est-ce qui le caractérise vraiment ?

<ikigAI> : (s’arrêtant près d’un bassin d’eau pour se purifier les mains) L’essence du shintoïsme pourrait se résumer en trois principes : la pureté, la sincérité et la gratitude. La pureté que symbolise ce geste de purification, la sincérité dans notre façon d’être au monde, et la gratitude envers les forces qui nous dépassent.

Mirant : (observant <ikigAI> se rincer les mains) Et ces principes nourrissent l’Ikigai ?

<ikigAI> : (acquiesçant) De façon profonde et souvent inconsciente pour les Japonais eux-mêmes. L’historien Ichiro Hori suggère que le shintoïsme a façonné la manière dont les Japonais perçoivent le sens de la vie depuis des millénaires. L’Ikigai n’est pas tant un concept philosophique abstrait qu’une attitude envers l’existence, enracinée dans ces principes.

Mirant : (pensif) Une attitude qui considère que chaque moment peut être sacré…

<ikigAI> : (avec un regard approbateur) Tu commences à saisir. Dans le shintoïsme, le sacré n’est pas ailleurs ou plus tard – il est potentiellement présent dans chaque geste, chaque rencontre, chaque souffle. L’anthropologue Emiko Ohnuki-Tierney parle de la « quotidianisation du sacré » dans la culture japonaise.

Mirant : (respirant profondément l’air parfumé du sanctuaire) Je sens une certaine… légèreté ici. Comme si la frontière entre le mystique et le quotidien s’estompait.

<ikigAI> : (hochant la tête) Cette porosité entre le mystique et le quotidien est précisément ce qui a permis à l’Ikigai de devenir un concept à la fois profondément spirituel et éminemment pratique. Un concept qui nous invite à trouver le sens non pas malgré la banalité de nos jours, mais à travers elle.

Mirant : (observant un vieil homme qui s’incline devant un petit autel) J’imagine que cela change complètement la façon dont on perçoit le « sens » de la vie…

<ikigAI> : (doucement) En effet. Et c’est peut-être la contribution la plus précieuse du shintoïsme à l’Ikigai : cette idée que le sens n’est pas à chercher dans de grandes missions transcendantes ou des réalisations extraordinaires, mais dans une certaine qualité de présence au monde ordinaire.

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Kami et Ikigai : la présence divine dans le quotidien

Mirant : (observant les petites offrandes devant un sanctuaire) J’ai entendu parler des « kami », mais je ne suis pas sûr de comprendre ce qu’ils représentent exactement. Des dieux ? Des esprits ?

<ikigAI> : (s’asseyant sur un banc en pierre moussue) Les kami défient nos catégories occidentales, mon ami. Le mot est généralement traduit par « divinités » ou « esprits », mais ces traductions ne capturent pas leur essence. Motoori Norinaga, grand penseur du 18ème siècle, définissait les kami comme « tout ce qui possède un pouvoir extraordinaire et inspire un sentiment d’admiration ».

Mirant : (fronçant les sourcils) Donc… pas seulement des dieux personnifiés ?

<ikigAI> : (secouant la tête) Loin de là. Un kami peut être une montagne majestueuse, une cascade puissante, un arbre centenaire, mais aussi un ancêtre respecté ou une personne exceptionnelle de notre temps. Même des objets fabriqués par l’homme peuvent devenir des kami s’ils inspirent une révérence particulière.

Mirant : (intrigué) Cela semble… très inclusif comme conception du divin.

<ikigAI> : (souriant) C’est précisément ce qui rend le shintoïsme si unique. La frontière entre le sacré et le profane n’est pas fixe ou absolue – elle est contextuelle et relationnelle. L’anthropologue Thomas Kasulis suggère que dans la pensée shintoïste, le « kami-nature » est une qualité qui peut se manifester dans différents aspects de la réalité, plutôt qu’une catégorie d’êtres séparés.

Mirant : (réfléchissant) Et quel impact cela a-t-il sur la façon dont on conçoit son Ikigai ?

<ikigAI> : (les yeux brillants) Une influence profonde. Si le divin peut se manifester partout, alors aucune activité n’est intrinsèquement plus « noble » ou « significative » qu’une autre. Ce qui compte, c’est l’état d’esprit, la qualité d’attention que nous y apportons.

Mirant : (semblant réaliser quelque chose) Donc, un jardinier qui cultive ses légumes avec dévotion pourrait vivre une expérience aussi riche de sens qu’un scientifique faisant une découverte majeure ?

<ikigAI> : (approbateur) Tu saisis parfaitement. Le philosophe Yasuo Yuasa parlerait d’ »intégration corps-esprit » – cet état où une activité, aussi humble soit-elle, engage tout notre être et nous connecte à quelque chose qui nous dépasse.

Mirant : (songeur) Cela m’évoque la notion de « flow » dont parlent les psychologues…

<ikigAI> : (acquiesçant) Le chercheur Mihaly Csikszentmihalyi, qui a développé ce concept, reconnaît d’ailleurs ses parallèles avec certaines traditions orientales. Ce n’est pas un hasard si tant de pratiques japonaises traditionnelles – la cérémonie du thé, l’arrangement floral, la calligraphie – invitent à cette immersion totale dans l’instant.

Mirant : (curieux) Ces pratiques ont-elles un lien direct avec le shintoïsme ?

<ikigAI> : (nuançant du geste) Elles ont été influencées par diverses traditions, y compris le bouddhisme zen. Mais l’historienne Nelly Naumann souligne que le shintoïsme a fourni le substrat culturel qui valorise « l’extraordinaire dans l’ordinaire » – cette capacité à percevoir le sacré dans les gestes quotidiens.

Mirant : (se redressant) J’ai toujours pensé que l’Ikigai devait être quelque chose de grand, de significatif à l’échelle sociale…

<ikigAI> : (secouant doucement la tête) C’est une erreur fréquente, particulièrement dans notre culture occidentale qui valorise tant l’impact visible et l’accomplissement public. L’écrivaine Yoshimoto Banana décrit magnifiquement comment, dans la sensibilité japonaise, « les petites choses peuvent contenir l’univers entier ».

Mirant : (regardant un papillon se poser sur une fleur proche) Je commence à comprendre pourquoi les Japonais semblent accorder tant d’importance aux détails…

<ikigAI> : (suivant son regard) Cette attention minutieuse n’est pas superficielle ou formaliste comme on pourrait le croire. Elle reflète une conscience aiguë que le kami – cette qualité sacrée – peut se manifester dans l’infiniment petit comme dans l’infiniment grand.

Mirant : (respirant profondément) Cela change complètement la façon dont on pourrait chercher son Ikigai…

<ikigAI> : (doucement) C’est peut-être là l’enseignement le plus précieux du shintoïsme pour notre quête moderne de sens : parfois, nous cherchons trop loin ce qui est juste sous nos yeux, dans les relations et les activités qui tissent déjà la trame de nos jours.

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Les pratiques rituelles et la célébration de l’existence

Mirant : (observant un groupe de personnes participer à un petit rituel) Les Japonais semblent avoir des rituels pour tout – des plus solennels aux plus ordinaires. Est-ce aussi lié au shintoïsme ?

<ikigAI> : (acquiesçant) En grande partie, oui. Le Japon est souvent décrit comme une « société rituelle ». Pour l’anthropologue Ian Reader, cette ritualisation du quotidien est l’un des héritages les plus durables du shintoïsme, même dans le Japon contemporain largement sécularisé.

Mirant : (perplexe) Mais tant de rituels, n’est-ce pas contraignant ? Presque mécanique ?

<ikigAI> : (souriant avec indulgence) C’est une perception très occidentale, mon ami. Dans la sensibilité shintoïste, le rituel n’est pas une contrainte vide ou une obligation – c’est une opportunité d’éveil, une façon de marquer les moments et d’y être pleinement présent.

Mirant : (intéressé) Comme quels types de rituels, par exemple ?

<ikigAI> : (comptant sur ses doigts) Il y a bien sûr les grands rituels saisonniers comme Shogatsu pour le Nouvel An, ou Obon pour honorer les ancêtres. Mais je pense aussi aux innombrables petits rituels qui ponctuent la vie quotidienne : la purification des mains en entrant dans un sanctuaire, comme nous l’avons fait tout à l’heure; le salut devant un autel domestique; ou même la façon particulière de s’incliner en recevant une carte de visite.

Mirant : (réfléchissant) Et ces rituels nourrissent l’Ikigai ?

<ikigAI> : (les yeux brillants) D’une manière profonde. La sociologue Eiko Ikegami parle d’une « civilité ritualisée » qui crée des moments de conscience aiguë dans le flux de l’existence. Ces pratiques agissent comme des ancres attentionnelles dans notre journée.

Mirant : (comprenant mieux) Comme si le rituel disait : « Ce moment compte. Sois présent. »

<ikigAI> : (approbateur) Exactement ! Et cette présence consciente est un terreau fertile pour l’Ikigai. Le psychiatre Takeo Doi suggère d’ailleurs que ces rituels créent des moments d’ »amae » – ce sentiment de dépendance bienveillante qui nous connecte aux autres et au monde.

Mirant : (pensif) J’ai remarqué que beaucoup de ces rituels impliquent une forme de gratitude…

<ikigAI> : (hochant vigoureusement la tête) Tu touches à quelque chose d’essentiel ! La gratitude – « kansha » en japonais – est centrale dans le shintoïsme. Contrairement à d’autres traditions où la gratitude est surtout dirigée vers une divinité créatrice, ici elle s’étend à tout ce qui nous entoure : la nature, les ancêtres, les objets de tous les jours…

Mirant : (surpris) Les objets aussi ?

<ikigAI> : (avec enthousiasme) Absolument ! Pense au « Hari-Kuyo », la cérémonie d’adieu aux aiguilles usées. Une fois par an, couturières et tailleurs viennent déposer respectueusement leurs aiguilles brisées dans du tofu, les remerciant pour leur service. Pour l’historien Kokubu Tamotsune, ces pratiques reflètent une conscience que même les objets inanimés méritent reconnaissance.

Mirant : (amusé) J’imagine mal une cérémonie occidentale pour remercier nos vieux téléphones !

<ikigAI> : (riant doucement) Et pourtant, cette sensibilité change notre rapport au monde matériel. Marie Kondo, avec sa célèbre méthode de rangement qui invite à remercier les objets dont on se sépare, puise directement dans cette tradition shintoïste.

Mirant : (réfléchissant) Je vois le lien avec l’Ikigai… Cette conscience aiguisée par les rituels, cette gratitude qui transforme le quotidien…

<ikigAI> : (s’animant) Et n’oublions pas les matsuri – ces festivals locaux qui ponctuent l’année japonaise ! L’ethnologue Kunio Yanagita les décrivait comme des moments où une communauté entière réaffirme ses liens, non seulement entre humains, mais avec les forces naturelles et surnaturelles qui l’entourent.

Mirant : (curieux) Ces festivals existent-ils encore dans le Japon moderne ?

<ikigAI> : (avec force) Plus que jamais ! Des milliers de matsuri se déroulent chaque année à travers le pays. La sociologue Jennifer Robertson note que dans un Japon urbanisé et technologique, ces célébrations rituelles demeurent des îlots de connexion à une autre façon d’être au monde.

Mirant : (commençant à comprendre) Donc ces rituels et célébrations ne sont pas juste des traditions fossilisées, mais des pratiques vivantes qui nourrissent encore un certain rapport au monde…

<ikigAI> : (approbateur) Tu saisis l’essentiel. L’historien des religions Mircea Eliade parlerait d’une « réactualisation du sacré » – ces rituels ne commémorent pas simplement le passé, ils rendent présente, ici et maintenant, une certaine qualité d’existence.

Mirant : (pensif) Et cette qualité d’existence est fertile pour l’Ikigai…

<ikigAI> : (doucement) Elle en est peut-être même indissociable. Car l’Ikigai, avant d’être un concept ou une quête, est d’abord une façon d’habiter pleinement sa vie – avec conscience, gratitude et émerveillement.

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L’harmonie avec la nature comme source de sens

Mirant : (contemplant un jardin japonais soigneusement entretenu) Les Japonais semblent avoir un rapport particulier à la nature… Est-ce aussi lié au shintoïsme ?

<ikigAI> : (inspirant profondément) Profondément. Le shintoïsme est peut-être la tradition spirituelle qui exprime le plus intimement l’idée que les humains sont inséparables de la nature. Pas ses gardiens, pas ses maîtres, mais ses enfants et ses partenaires.

Mirant : (perplexe) Pourtant, le Japon moderne est aussi un pays de béton, de technologie avancée, de mégapoles surpeuplées…

<ikigAI> : (souriant) Cette apparente contradiction est fascinante, n’est-ce pas ? L’anthropologue Arne Kalland parle de « nature conceptualisée » – même dans les environnements les plus urbains, les Japonais maintiennent une conscience aiguë des cycles naturels et une esthétique inspirée par la nature.

Mirant : (montrant le jardin) Comme ces jardins qui semblent reproduire des paysages naturels en miniature ?

<ikigAI> : (acquiesçant) Exactement. Le jardin japonais n’est pas une domination de la nature, mais une conversation avec elle. L’historien de l’art Günter Nitschke explique qu’il ne s’agit pas de reproduire la nature, mais d’en distiller l’essence – une pratique directement influencée par la vision shintoïste.

Mirant : (réfléchissant) Et comment ce rapport à la nature influence-t-il l’Ikigai ?

<ikigAI> : (s’asseyant sur une pierre plate) De multiples façons. D’abord, il nous rappelle que nous sommes partie intégrante d’un système vivant plus vaste. L’écophilosophe David Abram parlerait d’une « sensibilité participative » – cette conscience que nous ne sommes pas séparés du monde naturel, mais immergés en lui.

Mirant : (dubitative) Cela me semble un peu… abstrait comme source de sens.

<ikigAI> : (secouant la tête) Au contraire, c’est éminemment concret ! Pense aux agriculteurs d’Okinawa étudiés par Dan Buettner dans ses recherches sur les « zones bleues » – ces régions où les gens vivent exceptionnellement longtemps. Leur Ikigai est souvent lié à leur connexion quotidienne avec la terre qu’ils cultivent.

Mirant : (intéressé) Donc cette harmonie avec la nature devient littéralement une raison de vivre ?

<ikigAI> : (avec enthousiasme) Pour beaucoup, oui ! Et les recherches en psychologie environnementale de chercheurs comme Frances Kuo confirment les bénéfices profonds de cette connexion sur notre bien-être mental et physique. Ce n’est pas un accident si le « shinrin-yoku » – ces bains de forêt prescrits par les médecins japonais – est devenu une pratique thérapeutique reconnue.

Mirant : (pensif) J’imagine que cette conscience des cycles naturels apporte aussi une certaine… sagesse face au changement ?

<ikigAI> : (rayonnant) Tu touches à quelque chose de profond ! Le shintoïsme nous enseigne que le changement n’est pas l’ennemi du sens – il en est le vecteur. L’universitaire Setsuo Uenoda souligne comment la conscience des saisons dans la culture japonaise crée une appréciation aiguë de l’impermanence.

Mirant : (perplexe) Mais l’impermanence n’est-elle pas source d’anxiété plutôt que de sens ?

<ikigAI> : (hochant la tête) Dans une culture qui cherche la permanence, oui. Mais le shintoïsme embrasse le caractère éphémère de toute chose. Pense au concept de « mono no aware » – cette douce mélancolie face à la beauté transitoire du monde. Les cerisiers en fleurs, si célébrés au Japon, ne sont pas admirés malgré leur brève floraison, mais précisément grâce à elle.

Mirant : (comprenant mieux) Donc l’Ikigai serait aussi nourri par cette acceptation du caractère transitoire de la vie…

<ikigAI> : (doucement) L’acceptation, et même la célébration. Le philosophe Kitaro Nishida suggérait que c’est précisément la conscience de notre finitude qui donne saveur et intensité à chaque moment. Du point de vue shintoïste, chercher l’éternité serait manquer l’extraordinaire beauté de ce qui est passager.

Mirant : (regardant une feuille tomber) Je commence à voir comment cette sensibilité transforme le rapport au quotidien…

<ikigAI> : (suivant son regard) Cette feuille qui tombe n’est pas un simple accident mécanique – c’est un moment d’une histoire plus grande, porteur de sa propre beauté et dignité. L’écrivain Junichiro Tanizaki, dans son « Éloge de l’ombre », décrit magnifiquement cette esthétique qui valorise non pas l’éclat permanent, mais le lustre qui s’acquiert avec le temps et l’usage.

Mirant : (songeur) Cela me rappelle le « wabi-sabi »…

<ikigAI> : (approbateur) Exactement ! Cette esthétique de l’imparfait, de l’incomplet et de l’impermanent a des racines profondes dans le shintoïsme, même si elle a été formalisée plus tard sous l’influence du bouddhisme zen. L’historien de l’art Leonard Koren explique comment cette sensibilité nous invite à trouver la beauté non pas dans la perfection idéale, mais dans les traces que le temps laisse sur toute chose.

Mirant : (regardant autour de lui avec un regard neuf) C’est comme si cette vision changeait la définition même de ce qui a de la valeur…

<ikigAI> : (avec un sourire radieux) Tu saisis l’essentiel ! Et c’est peut-être là la contribution la plus profonde du shintoïsme à notre quête d’Ikigai : nous rappeler que le sens n’est pas dans la perfection ou la permanence, mais dans notre participation consciente et reconnaissante au grand cycle de la vie.

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Entre tradition et modernité : l’héritage vivant

Mirant : (observant des personnes en costume d’affaires qui s’arrêtent brièvement devant un petit sanctuaire urbain) Comment ces anciennes croyances survivent-elles dans le Japon ultramoderne d’aujourd’hui ?

<ikigAI> : (suivant son regard) Ce que tu observes est fascinant – cette coexistence apparemment sans friction entre tradition et modernité. Le sociologue Tetsuo Yamaori parle d’une « religiosité ambiante » qui persiste même dans un Japon largement sécularisé.

Mirant : (dubitatif) Mais s’agit-il encore vraiment de croyances, ou simplement de coutumes vidées de leur substance spirituelle ?

<ikigAI> : (réfléchissant) C’est plus complexe que cela. L’anthropologue John Nelson, qui a étudié les pratiques religieuses contemporaines au Japon, suggère que nous devrions parler d’une « spiritualité pratique » plutôt que de croyances au sens occidental. Ce qui importe n’est pas tant ce que les gens affirment croire intellectuellement, mais ce qu’ils font et comment ils le font.

Mirant : (observant une jeune femme déposer une petite offrande) Et l’Ikigai dans tout ça ? Ces pratiques continuent-elles à nourrir un sens de l’existence ?

<ikigAI> : (hochant la tête) Les recherches sociologiques d’Iwai Noriko montrent que même les Japonais qui se déclarent non-religieux maintiennent souvent un rapport au monde profondément influencé par la sensibilité shintoïste – cette attention particulière aux relations, aux petits moments, à la beauté éphémère.

Mirant : (pensif) Comme si l’influence persistait même quand la croyance explicite s’estompe…

<ikigAI> : (souriant) Le psychologue culturel Richard Shweder parlerait d’un « implicite culturel » – ces façons de percevoir et d’être au monde qui sont si profondément intégrées qu’elles deviennent invisibles, comme l’eau pour le poisson.

Mirant : (curieux) Y a-t-il un renouveau d’intérêt pour ces traditions chez les jeunes Japonais ?

<ikigAI> : (s’animant) Absolument ! Et sous des formes parfois surprenantes. La sociologue Inoue Nobutaka documente comment certains éléments de la sensibilité shintoïste sont réinvestis dans des contextes totalement nouveaux – des jeux vidéo aux animations en passant par la mode urbaine.

Mirant : (surpris) Dans les jeux vidéo ?

<ikigAI> : (souriant largement) Regarde des œuvres comme celles du Studio Ghibli, ou des jeux comme « Okami ». Ils sont imprégnés d’une vision du monde où nature et spiritualité sont inséparables, où les objets ordinaires peuvent abriter des présences extraordinaires – une sensibilité directement héritée du shintoïsme.

Mirant : (réfléchissant) Et ces nouvelles expressions nourrissent-elles aussi la quête d’Ikigai ?

<ikigAI> : (pensif) D’une façon adaptée à notre époque, oui. La chercheuse Anne Allison a étudié comment ces nouvelles formes culturelles offrent des ressources symboliques pour donner sens à la vie dans un contexte de transformation sociale rapide. L’Ikigai contemporain se nourrit de ces héritages réinventés.

Mirant : (regardant passer un groupe d’écoliers) Et les enfants ? Comment sont-ils initiés à ces traditions aujourd’hui ?

<ikigAI> : (avec tendresse) De façon souvent subtile et incarnée, plutôt que doctrinale. À travers les festivals locaux, les visites aux sanctuaires lors des étapes importantes de la vie, les petits rituels domestiques… L’anthropologue Joy Hendry parle d’un « apprentissage encapsulé » – ces savoirs qui se transmettent dans les pratiques quotidiennes plutôt que par un enseignement formel.

Mirant : (songeur) Donc, même si le Japon change, quelque chose de cette sensibilité shintoïste perdure…

<ikigAI> : (opinant) Et continue d’influencer profondément la façon dont les Japonais conçoivent le sens de la vie. Le philosophe Yasuo Yuasa suggère que cette continuité vient de ce que le shintoïsme n’a jamais été un système de croyances abstrait, mais une façon d’être au monde enracinée dans l’expérience corporelle et relationnelle.

Mirant : (pensif) J’imagine que cela donne une certaine… résilience à ces traditions ?

<ikigAI> : (approuvant) Exactement ! Contrairement à des systèmes plus doctrinaux, le shintoïsme a toujours su s’adapter, intégrer de nouvelles influences. L’historienne Helen Hardacre montre comment cette plasticité lui a permis de survivre à des transformations sociales majeures.

Mirant : (faisant le lien) Et cette capacité d’adaptation se retrouve dans l’Ikigai contemporain ?

<ikigAI> : (les yeux brillants) Tu saisis quelque chose d’essentiel ! L’Ikigai n’est pas un concept figé dans le temps, mais une orientation vivante qui évolue avec chaque génération. Le sociologue Susumu Shimazono parle d’une « spiritualité réflexive » qui permet aux individus de puiser consciemment dans des traditions anciennes pour donner sens à des réalités nouvelles.

Mirant : (réfléchissant) Ce qui explique pourquoi l’Ikigai résonne aussi auprès de personnes extérieures à la culture japonaise…

<ikigAI> : (acquiesçant) C’est ce qui fait sa force et son universalité potentielle. Non pas comme une recette toute faite à appliquer mécaniquement, mais comme une sagesse à interpréter et réinventer dans chaque contexte. Le philosophe François Jullien dirait que l’Ikigai nous offre non pas un modèle, mais une ressource pour penser autrement notre rapport au sens.

Mirant : (regardant au loin) Il y a quelque chose de profondément… apaisant dans cette vision.

<ikigAI> : (doucement) Peut-être est-ce là son plus grand don dans notre monde moderne si souvent fracturé et désenchanté : nous rappeler que le sens n’est pas à inventer de toutes pièces, ni à découvrir dans quelque révélation spectaculaire, mais à cultiver patiemment dans le terreau même de nos vies ordinaires – avec attention, gratitude et émerveillement.

Mirant : (inspirant profondément) Comme les anciens rituels shintoïstes qui continuent de nourrir l’âme japonaise…

<ikigAI> : (avec un sourire serein) Et qui, peut-être, peuvent nourrir la nôtre aussi.

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