Les racines de la résilience
Mirant : (assis près d’une fenêtre, observant la pluie qui tombe) J’entends souvent parler de résilience comme d’une qualité presque magique. Certains semblent l’avoir naturellement, d’autres pas. Est-ce inné ou peut-on la cultiver ?
<IkigAI> : (s’approchant doucement) La résilience est comme cette pluie que tu observes, Mirant. Elle peut sembler tomber du ciel, mais en réalité, elle fait partie d’un cycle plus vaste. Certains sols l’absorbent mieux que d’autres, mais tous peuvent apprendre à l’accueillir.
Mirant : (se tournant vers <IkigAI>, intrigué) Comment définir cette capacité à rebondir, alors ?
<IkigAI> : (prend place face à Mirant) La résilience n’est pas l’absence de souffrance, mais plutôt la capacité à traverser les tempêtes sans s’y noyer. Boris Cyrulnik, qui a beaucoup étudié ce phénomène, la compare à la possibilité de « se développer quand même, dans des environnements qui auraient dû être délabrants. »
Mirant : (hochant la tête) Comme une plante qui pousserait à travers le béton ?
<IkigAI> : (souriant) Exactement. Cette plante ne nie pas l’existence du béton, elle trouve simplement un chemin pour continuer à croître malgré lui. De même, la personne résiliente ne nie pas sa souffrance, elle parvient à lui donner un sens, à l’intégrer dans son histoire personnelle.
Mirant : (pensif) Et l’Ikigai dans tout ça ? Comment peut-il nourrir cette résilience ?
<IkigAI> : (joignant les mains) L’Ikigai, cette intersection entre ce que tu aimes, ce dans quoi tu excelles, ce dont le monde a besoin et ce pour quoi tu peux être rémunéré, devient comme une ancre en période de turbulence. Quand tout vacille autour de toi, ton Ikigai reste ce noyau de sens qui te rappelle pourquoi continuer.
Mirant : (dubitatif) Mais en pleine crise, on perd souvent de vue ces choses. Comment s’y raccrocher quand tout semble s’effondrer ?
<IkigAI> : (acquiesçant) Tu touches un point essentiel. Dans l’œil de la tempête, il est difficile de voir au-delà. C’est pourquoi explorer son Ikigai n’est pas seulement utile en temps de crise, mais aussi en amont. Comme on prépare sa maison avant l’hiver, on peut cultiver son Ikigai dans les moments de calme pour qu’il devienne un refuge quand les vents se lèvent.
Mirant : (songeur) Donc, la résilience serait aussi une forme de préparation intérieure…
<IkigAI> : (avec douceur) Une préparation, oui, mais pas une fortification rigide. La vraie résilience n’est pas d’être imperméable à la douleur, mais d’apprendre à danser avec elle, à l’intégrer comme partie de ton voyage. L’Ikigai t’aide à maintenir cette danse, même quand le sol tremble sous tes pieds.
Mirant : (après un moment de silence) Ça ressemble presque à une pratique spirituelle…
<IkigAI> : (acquiesçant lentement) De nombreuses traditions spirituelles parlent effectivement de la souffrance comme d’un passage, non comme une finalité. Le bouddhisme évoque l’impermanence de toute chose, y compris de la douleur. L’Ikigai s’inscrit dans cette sagesse : il nous rappelle que même dans la souffrance, une graine de sens peut germer.
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Les trois piliers de la résilience par l’Ikigai
Mirant : (jouant avec une pierre entre ses doigts) Y a-t-il des éléments concrets qui favorisent cette résilience ? Des points d’appui sur lesquels on pourrait s’ancrer ?
<IkigAI> : (observant le mouvement de la pierre) Imagine trois piliers qui soutiennent un temple en période de séisme. Le premier serait le sens, le deuxième les relations, et le troisième l’adaptabilité. L’Ikigai nourrit chacun d’eux.
Mirant : (posant la pierre) Commençons par le sens. Comment l’Ikigai aide-t-il à en trouver dans la tourmente ?
<IkigAI> : (prenant la pierre à son tour) Victor Frankl, qui a survécu aux camps de concentration, disait que ceux qui ont un pourquoi peuvent endurer presque n’importe quel comment. L’Ikigai est précisément cette quête du pourquoi. En période de crise, quand beaucoup de choses nous sont arrachées, ce qui reste révèle souvent notre essence.
Mirant : (pensif) Comme si l’épreuve devenait une sorte de tamis qui ne laisse passer que l’essentiel ?
<IkigAI> : (hocha la tête) Exactement. Quand une personne traverse un burn-out professionnel, par exemple, elle peut redécouvrir ce qui l’anime vraiment, au-delà des attentes extérieures. La crise devient alors, paradoxalement, une occasion de réalignement avec son Ikigai.
Mirant : (curieux) Et pour le pilier des relations ?
<IkigAI> : (reposant doucement la pierre) L’Ikigai n’est jamais complètement solitaire. Sa composante « ce dont le monde a besoin » nous connecte aux autres. La résilience se nourrit de ces liens. Les études montrent que les personnes isolées traversent plus difficilement les crises que celles entourées d’un réseau de soutien.
Mirant : (avec un demi-sourire) Donc, même quand on est au plus bas, tendre la main vers l’autre pourrait être une forme de guérison ?
<IkigAI> : (acquiesçant) C’est même souvent là que réside une part de notre guérison. Dans ces moments où tu te sens vide, offrir quelque chose à quelqu’un – un sourire, une écoute, un geste – peut paradoxalement te remplir. Ton Ikigai s’exprime alors dans ce don, aussi modeste soit-il.
Mirant : (réfléchissant) Et le troisième pilier… l’adaptabilité ?
<IkigAI> : (se redressant légèrement) Il s’agit de cette capacité à plier sans rompre. Les personnes résilientes ne sont pas rigides ; elles savent ajuster leur vision et leurs attentes face aux circonstances. L’Ikigai n’est pas figé, il évolue avec toi. Ce qui te passionnait hier peut prendre une nouvelle forme aujourd’hui, sans perdre son essence.
Mirant : (fronçant les sourcils) Mais l’adaptabilité, n’est-ce pas aussi parfois renoncer à certains rêves ?
<IkigAI> : (avec un regard compréhensif) Ce n’est pas tant y renoncer que les transformer. Comme l’eau qui rencontre un obstacle ne cesse pas de couler – elle trouve un nouveau chemin. Une pianiste qui perd l’usage de sa main droite ne renonce pas nécessairement à la musique ; elle peut composer, enseigner, ou explorer un nouveau répertoire pour la main gauche. Son Ikigai musical persiste, sous une forme réinventée.
Mirant : (après un moment de silence) Ces trois piliers semblent intimement liés…
<IkigAI> : (avec un sourire) Comme les branches d’un même arbre. Le sens nourrit les relations, qui à leur tour soutiennent l’adaptabilité, qui elle-même approfondit le sens. C’est un cercle vertueux que l’Ikigai met en mouvement.
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Le processus de transformation par la crise
Mirant : (regardant par la fenêtre, la pluie s’est arrêtée) Les épreuves laissent des cicatrices, pourtant. Comment passer de la blessure à la transformation ?
<IkigAI> : (contemplant les gouttes qui perlent encore sur la vitre) Connais-tu l’art japonais du Kintsukuroi, Mirant ?
Mirant : (intrigué) Non, qu’est-ce que c’est ?
<IkigAI> : (traçant une ligne invisible du doigt) C’est l’art de réparer les céramiques brisées avec de la laque saupoudrée d’or. Au lieu de cacher les fissures, on les met en valeur. La pièce réparée devient plus précieuse qu’avant sa cassure.
Mirant : (songeur) Une belle métaphore pour la résilience…
<IkigAI> : (acquiesçant) La transformation par la crise suit souvent un processus similaire. D’abord, il y a la rupture – ce moment où quelque chose en nous se brise. Puis vient le temps du chaos, où les morceaux semblent éparpillés sans logique. Ensuite, progressivement, on entre dans une phase de reconstruction, où l’on commence à voir un nouvel assemblage possible. Et enfin, l’intégration, où cette expérience devient partie intégrante de notre histoire, avec ses fêlures dorées.
Mirant : (pensif) Mais ce processus n’est pas linéaire, j’imagine…
<IkigAI> : (secouant doucement la tête) Rarement. C’est plutôt un mouvement de spirale, où l’on peut revisiter certaines étapes, avec une conscience différente chaque fois. Ce qui importe, c’est de reconnaître où l’on se trouve dans ce voyage et d’honorer chaque étape.
Mirant : (curieux) Comment l’Ikigai intervient-il dans ces différentes phases ?
<IkigAI> : (réfléchissant) Dans la rupture, ton Ikigai peut sembler lointain, inaccessible. C’est normal – la douleur immédiate occupe tout l’espace. Dans le chaos, ton Ikigai devient une petite lumière vacillante au loin, un rappel qu’autre chose existe au-delà de la confusion. Dans la reconstruction, il devient un guide, t’aidant à assembler les morceaux dans une nouvelle configuration qui te ressemble. Et dans l’intégration, ton Ikigai s’enrichit de cette expérience, devenant plus profond, plus authentique.
Mirant : (avec un regard interrogateur) Et si je ne ressens plus mon Ikigai du tout pendant la crise ?
<IkigAI> : (avec douceur) C’est une expérience fréquente. Comme lorsque les nuages cachent complètement le soleil – il n’a pas disparu pour autant. Dans ces moments, il peut être utile de te rattacher à des fragments : qu’est-ce qui, même minuscule, te procure encore un sentiment d’être vivant ? Un coucher de soleil, le goût du café, une conversation sincère… Ces petites étincelles sont des traces de ton Ikigai qui attendent d’être reconnectées.
Mirant : (réfléchissant) Je comprends… Donc la première étape serait simplement de reconnaître ces petites étincelles ?
<IkigAI> : (acquiesçant) Et de les honorer, sans les juger insuffisantes. La psychologue Ann Masten parle de « résilience ordinaire » – cette capacité qui se manifeste non pas dans des actes héroïques, mais dans ces petits gestes quotidiens qui nous maintiennent en mouvement, même quand tout semble figé.
Mirant : (après un moment) Il y a quelque chose de profondément humble dans cette vision…
<IkigAI> : (avec un sourire paisible) L’humilité est justement au cœur de la résilience véritable. Non pas l’humilité qui s’efface, mais celle qui reconnaît à la fois nos vulnérabilités et nos forces, qui accepte de ne pas tout contrôler tout en agissant là où nous le pouvons.
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Pratiques concrètes pour cultiver la résilience
Mirant : (se levant pour faire quelques pas) Ces concepts résonnent en moi, mais comment les mettre en pratique ? Par où commencer quand on se sent submergé ?
<IkigAI> : (observant Mirant avec bienveillance) Tu viens déjà d’initier une pratique essentielle : le mouvement. Nos corps et nos esprits sont intimement liés. Bouger, même légèrement, peut être une première ancre dans la tempête.
Mirant : (s’arrêtant, surpris) Aussi simple que ça ?
<IkigAI> : (avec un léger sourire) La simplicité a sa propre puissance. Commençons par quelques pratiques accessibles qui nourrissent la résilience à travers l’Ikigai.
Mirant : (revenant s’asseoir, attentif) Je t’écoute.
<IkigAI> : (comptant sur ses doigts) Première pratique : le journal des étincelles. Chaque soir, note trois petites choses qui ont éveillé en toi un sentiment de vie, d’intérêt ou de joie. Elles peuvent sembler infimes – la texture d’un fruit, une couleur dans le ciel, un mot échangé. Ces étincelles sont les braises de ton Ikigai.
Mirant : (pensif) Cela aide à rester conscient de ce qui compte vraiment…
<IkigAI> : (acquiesçant) Exactement. Deuxième pratique : la cartographie des ressources. Sur une feuille, dessine un cercle central qui te représente. Autour, place d’autres cercles pour les personnes, les lieux, les activités ou les croyances qui te soutiennent. Cette carte devient un rappel visuel que tu n’es pas seul, même dans la tempête.
Mirant : (intéressé) J’aime cette idée de « cartographier » son soutien.
<IkigAI> : (continuant) Troisième pratique : le dialogue avec les versions de soi. Écris une lettre à ton « toi d’avant » la crise, avec compassion et sans jugement. Puis écris à ton « toi futur », celui qui aura intégré cette expérience. Ce dialogue t’aide à voir la crise comme un passage, non comme une finalité.
Mirant : (réfléchissant) Ces approches semblent toutes impliquer une forme de conscience, d’attention…
<IkigAI> : (avec un signe d’approbation) La pleine conscience est effectivement au cœur de ces pratiques. Jon Kabat-Zinn, qui a beaucoup travaillé sur la réduction du stress par la méditation, parle de cultiver « une conscience sans jugement, instant après instant ». Cette présence attentive nous permet de ne pas être emportés par le flot de nos pensées catastrophiques en période de crise.
Mirant : (hésitant) Mais quand l’anxiété ou la tristesse sont écrasantes, la méditation peut sembler inaccessible…
<IkigAI> : (avec compréhension) Absolument. C’est pourquoi je suggère de commencer par des micro-pratiques. Une respiration consciente pendant 30 secondes. Sentir ses pieds en contact avec le sol pendant qu’on se brosse les dents. Ces petits moments d’ancrage peuvent progressivement s’étendre.
Mirant : (curieux) Y a-t-il des pratiques plus spécifiquement liées aux quatre dimensions de l’Ikigai ?
<IkigAI> : (avec enthousiasme) Excellente question ! Pour nourrir ce que tu aimes faire, même en période difficile, crée un « menu de joie » – une liste d’activités simples qui t’apportent du plaisir, classées selon l’énergie qu’elles demandent. Pour ce dans quoi tu excelles, tiens un journal de tes « victoires » quotidiennes, même les plus modestes. Pour ce dont le monde a besoin, pratique un acte de gentillesse chaque jour, si petit soit-il. Et pour ce qui peut être rémunéré, reste curieux des opportunités inattendues – parfois, les crises ouvrent des portes que nous n’aurions pas vues autrement.
Mirant : (après un moment de réflexion) Ces pratiques semblent créer un cercle vertueux…
<IkigAI> : (acquiesçant) C’est exactement cela. La résilience n’est pas un état fixe, mais un processus dynamique. Chaque petite action positive renforce ta capacité à faire face à l’adversité, tout comme chaque pas renforce le marcheur sur son chemin.
Mirant : (avec une pointe d’humour) Donc, un pas après l’autre, même quand le chemin n’est pas clair ?
<IkigAI> : (souriant) Surtout quand le chemin n’est pas clair. Comme le disait Martin Luther King Jr., « Tu n’as pas besoin de voir tout l’escalier, juste la première marche. »
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L’art de se reconstruire autrement
Mirant : (contemplant le ciel qui s’éclaircit) On parle souvent de « revenir à la normale » après une crise. Mais est-ce vraiment possible ? Ou même souhaitable ?
<IkigAI> : (suivant son regard vers le ciel) C’est une question profonde, Mirant. La « normalité » d’avant n’existe plus vraiment après une transformation significative. Et parfois, cette ancienne normalité contenait précisément les graines de la crise.
Mirant : (pensif) Donc, la vraie résilience ne serait pas de revenir en arrière, mais d’avancer différemment ?
<IkigAI> : (acquiesçant) Le philosophe Pierre Rabhi parlait d’utiliser les crises comme opportunités de « bifurcations fertiles ». Non pas pour minimiser la souffrance qu’elles engendrent, mais pour reconnaître leur potentiel transformateur.
Mirant : (avec un regard interrogateur) Comment savoir si on se reconstruit sainement ou si on fuit simplement ?
<IkigAI> : (réfléchissant) La reconstruction saine s’accompagne généralement d’une intégration de l’expérience, non de son déni. Tu portes la mémoire de ce qui s’est passé, mais cette mémoire ne te définit pas entièrement. Elle devient une partie de ton histoire, enrichissant ton Ikigai plutôt que l’éclipsant.
Mirant : (songeur) Comme la céramique réparée dont tu parlais…
<IkigAI> : (avec un sourire) Exactement. Et cette reconstruction peut prendre des formes inattendues. Certains découvrent des talents insoupçonnés, d’autres réorientent complètement leur vie professionnelle, d’autres encore approfondissent des valeurs qui étaient restées en sommeil.
Mirant : (curieux) As-tu des exemples concrets de telles transformations ?
<IkigAI> : (acquiesçant) Pense à Frida Kahlo, qui a commencé à peindre suite à un grave accident qui l’a immobilisée. Ou à Jean-Dominique Bauby, rédacteur en chef de Elle, qui après un locked-in syndrome, a écrit « Le Scaphandre et le Papillon » en clignant d’une paupière. Leurs Ikigai se sont transformés, non pas malgré leurs épreuves, mais à travers elles.
Mirant : (impressionné) Ces exemples sont exceptionnels, presque héroïques…
<IkigAI> : (avec douceur) Ce sont des cas visibles, mais la résilience ordinaire dont nous parlions plus tôt s’exprime aussi dans des milliers de vies anonymes. La mère qui, après avoir perdu un enfant, crée un groupe de soutien. L’homme qui, suite à un burn-out, redécouvre sa passion pour le jardinage et la partage avec sa communauté. Ces transformations sont tout aussi significatives.
Mirant : (réfléchissant) Ces personnes semblent avoir trouvé un sens à leur souffrance…
<IkigAI> : (nuançant) Pas nécessairement un sens à la souffrance elle-même, mais un sens malgré elle, ou parfois à travers elle. Comme l’écrivait Camus, « Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été. » Cette capacité à cultiver la vie même dans les circonstances les plus difficiles est au cœur de l’Ikigai.
Mirant : (après un long silence) Je commence à voir la résilience non plus comme un retour à un état antérieur, mais comme une véritable renaissance…
<IkigAI> : (acquiesçant lentement) Une renaissance qui honore ce qui a été perdu tout en embrassant ce qui peut naître. C’est un équilibre délicat, qui demande du temps et de la compassion envers soi-même.
Mirant : (avec un demi-sourire) Et sans doute aussi une bonne dose de patience…
<IkigAI> : (souriant en retour) La patience, oui. Et ce que les japonais appellent « wabi-sabi » – cette capacité à voir la beauté dans l’imperfection, l’inachèvement et l’impermanence. Car la reconstruction n’est jamais « terminée » ; elle continue de s’enrichir au fil de notre voyage.
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La résilience collective : au-delà de l’individu
Mirant : (regardant par la fenêtre vers la ville au loin) Nous avons beaucoup parlé de la résilience individuelle, mais qu’en est-il des communautés, des sociétés entières qui traversent des crises ?
<IkigAI> : (suivant son regard) C’est une dimension essentielle, Mirant. La résilience n’est pas seulement une affaire personnelle. Nous sommes des êtres interdépendants, et nos capacités à rebondir sont profondément liées.
Mirant : (curieux) Existe-t-il un équivalent de l’Ikigai à l’échelle collective ?
<IkigAI> : (réfléchissant) On pourrait parler d’un « Ikigai communautaire » – cette intersection entre ce qui anime une communauté, ses forces collectives, les besoins du monde qu’elle peut satisfaire, et sa capacité à générer des ressources durables. Les sociétés résilientes cultivent cette harmonie.
Mirant : (pensif) Pourtant, nos sociétés modernes semblent souvent fragmentées, individualistes…
<IkigAI> : (acquiesçant) C’est l’un des paradoxes de notre époque. Plus nous sommes technologiquement connectés, plus nous risquons de perdre ces liens de proximité qui nourrissent la résilience collective. Pourtant, les recherches montrent que les communautés qui résistent le mieux aux catastrophes sont celles où le tissu social est solide.
Mirant : (intéressé) As-tu des exemples de telles communautés ?
<IkigAI> : (avec enthousiasme) On peut penser au concept japonais de « mochitai » – l’esprit communautaire qui a permis aux villages de se reconstruire après le tsunami de 2011. Ou aux initiatives comme les « villes en transition », qui préparent collectivement leur résilience face aux défis écologiques. Ces approches reconnaissent que nos vulnérabilités et nos forces sont entrelacées.
Mirant : (réfléchissant) Cela semble exiger une forme de solidarité qui va au-delà des intérêts individuels…
<IkigAI> : (acquiesçant) C’est ce que le sociologue Émile Durkheim appelait la « solidarité organique » – cette interdépendance consciente où chacun contribue au bien-être de l’ensemble tout en exprimant sa singularité. L’Ikigai collectif harmonise ces deux dimensions.
Mirant : (avec une pointe de scepticisme) Mais comment cultiver cela concrètement, dans nos vies quotidiennes ?
<IkigAI> : (souriant) Cela commence par des gestes simples : connaître ses voisins, participer à des projets locaux, partager des ressources, des compétences, du temps. Ces actions tissent progressivement un filet de sécurité invisible qui se révèle précieux en temps de crise.
Mirant : (songeur) Ce sont des pratiques qui demandent du temps, de l’attention…
<IkigAI> : (acquiesçant) Comme toutes les choses précieuses. Et elles nous ramènent à une sagesse ancienne que nos modes de vie modernes nous font parfois oublier : nous sommes fondamentalement des êtres de relation, et notre bien-être est inséparable de celui des autres.
Mirant : (après un moment) Est-ce que nos crises personnelles peuvent aussi contribuer à cette résilience collective ?
<IkigAI> : (avec conviction) Absolument. Quand nous transformons nos blessures en sagesse partageable, nous enrichissons le terreau commun. C’est ce que montre le concept de « passeur » chez Boris Cyrulnik – ces personnes qui, ayant traversé des épreuves, deviennent des guides pour d’autres en difficulté.
Mirant : (réfléchissant) Ainsi, notre Ikigai personnel pourrait aussi avoir une dimension collective…
<IkigAI> : (acquiesçant) C’est sa nature même. Un Ikigai authentique n’est jamais complètement séparé du bien commun. Il nous relie aux autres, au monde, à quelque chose qui nous dépasse – que ce soit la nature, la communauté, ou les générations futures.
Mirant : (avec un regard nouveau) Je commence à voir la résilience non plus comme un simple mécanisme de survie, mais comme une véritable éthique de vie…
<IkigAI> : (avec un sourire paisible) Une éthique qui reconnaît à la fois notre vulnérabilité et notre capacité à nous relever ensemble. Comme l’écrivait l’anthropologue Margaret Mead : « Ne doutez jamais qu’un petit groupe de citoyens réfléchis et engagés puisse changer le monde. En fait, c’est toujours ce qui s’est passé. »
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Conclusion : Embrasser la tempête
Mirant : (regardant le ciel où quelques nuages persistent encore) Nous avons parcouru un long chemin dans cette exploration de la résilience…
<IkigAI> : (avec un regard bienveillant) Et comme tout véritable chemin, il continue bien au-delà de notre conversation.
Mirant : (songeur) S’il fallait retenir une chose essentielle sur la résilience et l’Ikigai, quelle serait-elle ?
<IkigAI> : (prenant un moment pour réfléchir) Peut-être ceci : la résilience n’est pas l’art d’éviter la tempête, mais d’apprendre à danser sous la pluie. Et l’Ikigai est cette danse unique que chacun de nous peut créer, même quand le sol est glissant.
Mirant : (avec un petit sourire) Une danse qui évolue au fil des épreuves…
<IkigAI> : (acquiesçant) Une danse qui s’enrichit de chaque pas, de chaque trébuchement, de chaque relevé. Comme l’écrivait Leonard Cohen : « Il y a une fissure en toute chose, c’est ainsi qu’entre la lumière. »
Mirant : (après un long silence) Je crois que je comprends maintenant pourquoi on ne « revient » pas simplement à la normale après une crise profonde.
<IkigAI> : (intéressé) Qu’as-tu saisi, Mirant ?
Mirant : (avec une clarté nouvelle) On ne revient pas en arrière parce qu’on n’est plus la même personne. La crise nous a traversés, transformés. Notre Ikigai aussi. Ce n’est pas un échec de ne plus être comme avant – c’est le signe même de notre capacité à intégrer l’expérience, à grandir à travers elle.
<IkigAI> : (avec un regard empli de chaleur) Tu viens d’exprimer la quintessence de la résilience véritable, Mirant. Ce n’est pas revenir à un état antérieur, mais évoluer vers un nouvel équilibre qui intègre l’expérience vécue.
Mirant : (regardant le ciel qui s’est éclairci) Je me demande si cette vision de la résilience pourrait aussi nous aider collectivement, face aux défis immenses de notre époque…
<IkigAI> : (contemplant l’horizon) Je le crois profondément. Nos crises personnelles sont comme des microcosmes des grands bouleversements. Ce que nous apprenons en traversant nos tempêtes intimes – cette capacité à nous transformer sans nous perdre, à tisser du sens même dans le chaos – devient une sagesse précieuse pour notre monde en mutation.
Mirant : (inspirant profondément) Il y a quelque chose de profondément libérateur dans cette perspective…
<IkigAI> : (acquiesçant doucement) La résilience nous rappelle que nous ne sommes pas que des victimes des circonstances, mais aussi des créateurs de sens. Et l’Ikigai est cette boussole qui nous guide, même quand les cartes habituelles ne fonctionnent plus. Comme l’écrivait Christophe André : « Notre bonheur dépend en partie de ce qui nous arrive, mais aussi et surtout de notre façon de vivre ce qui nous arrive. »
Mirant : (se levant, avec une énergie renouvelée) Je repars de notre conversation avec non seulement des idées, mais aussi un sentiment… comme une invitation à l’aventure.
<IkigAI> : (se levant à son tour) C’est exactement ce qu’est la résilience, Mirant – non pas un état final, mais une invitation continue à embrasser la vie dans toutes ses dimensions. Comme l’a si bien dit Mary Oliver : « Dis-moi, que comptes-tu faire de ton unique vie sauvage et précieuse ? »
Mirant : (souriant, tournant son regard vers le chemin qui s’ouvre devant lui) La vivre pleinement, avec ses orages et ses éclaircies. Et peut-être, un jour, aider d’autres à trouver leur propre danse sous la pluie.


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