La sagesse dans l’assiette
Mirant : (contemplant son assiette encore à moitié pleine) Je me demande pourquoi nous avons tant de mal à nous arrêter de manger quand nous sommes rassasiés. C’est comme si quelque chose nous poussait toujours à finir notre assiette, même quand nous n’avons plus faim.
<ikigAI> : (s’asseyant tranquillement) Ce que tu observes touche à une sagesse millénaire, Mirant. À Okinawa, les anciens pratiquent depuis des siècles ce qu’ils appellent « Hara Hachi Bu » – manger jusqu’à être rassasié à 80%. Cette pratique simple est considérée comme l’un des secrets de leur longévité extraordinaire.
Mirant : (curieux) Hara Hachi Bu… Comment savoir quand on a atteint précisément ces 80% ?
<ikigAI> : (souriant) Le gastro-entérologue Michael Mosley explique que notre sensation de satiété apparaît environ 20 minutes après que nous ayons consommé suffisamment de nourriture. Ce délai crée souvent cette zone floue où nous continuons à manger alors que nous avons déjà assez. Les Okinawais ont développé une conscience corporelle qui leur permet de reconnaître les premiers signaux de satisfaction, bien avant la sensation de plénitude.
Mirant : (réfléchissant) C’est comme s’ils avaient appris à écouter leur corps d’une façon que nous avons oubliée…
<ikigAI> : (acquiesçant) Le neurologue Antonio Damasio parlerait de « marqueurs somatiques » – ces signaux subtils que notre corps nous envoie et que nous avons souvent appris à ignorer. Dans la culture d’Okinawa, cette écoute n’est pas seulement une habitude alimentaire, mais une philosophie de vie qui s’étend bien au-delà de la table.
Mirant : (intrigué) En quoi est-ce une philosophie plutôt qu’un simple régime ?
<ikigAI> : (méditatif) Le philosophe Epicure, qui prônait la modération comme chemin vers le bonheur, disait : « Rien n’est suffisant pour celui pour qui le suffisant est trop peu. » Le Hara Hachi Bu reflète une vision du monde où la modération n’est pas une restriction, mais une libération – une façon de savourer pleinement la vie sans être enchaîné à l’excès.
Mirant : (songeur) Comme une forme de liberté paradoxale qui vient de la limitation volontaire…
<ikigAI> : (les yeux brillants) Exactement ! Le philosophe japonais Kenko Yoshida écrivait au 14ème siècle que « trop est aussi mauvais que pas assez ». Cette recherche d’équilibre – ce que les Grecs appelaient « sophrosyne » – traverse les cultures qui ont cultivé la longévité. Elle nous rappelle que la plénitude ne vient pas de la quantité, mais de la qualité de notre expérience.
Mirant : (regardant son assiette avec un nouveau regard) Je commence à voir cette pratique non plus comme un sacrifice, mais comme une forme d’attention…
<ikigAI> : (souriant) Une attention qui, selon les centenaires d’Okinawa, pourrait bien être l’un des fils dorés qui tissent le motif d’une vie longue et épanouissante.
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Les racines culturelles de la modération
Mirant : (curieux) D’où vient exactement cette pratique du Hara Hachi Bu ? Est-elle spécifique à Okinawa ou a-t-elle des racines plus larges dans la culture japonaise ?
<ikigAI> : (s’installant confortablement) Les origines du Hara Hachi Bu remontent à l’enseignement confucéen. Le terme lui-même est dérivé d’un précepte attribué à Confucius qui recommandait de manger jusqu’à être rempli à 80%. Mais ce qui est fascinant, c’est comment cette pratique a été particulièrement préservée et incarnée à Okinawa.
Mirant : (réfléchissant) Pourquoi a-t-elle persisté là-bas plus qu’ailleurs ?
<ikigAI> : (pensif) L’anthropologue Willcox, qui a étudié les centenaires d’Okinawa pendant des décennies, suggère que l’isolement relatif de cette île a permis la préservation de traditions anciennes qui se sont diluées ailleurs. De plus, l’histoire d’Okinawa a été marquée par des périodes de pénurie qui ont transformé la nécessité en vertu – puis en sagesse transmise.
Mirant : (intéressé) Une adaptation qui est devenue une force…
<ikigAI> : (acquiesçant) Le sociologue Robert Putnam parlerait de « capital social » – ces normes et réseaux qui permettent aux communautés de prospérer collectivement. À Okinawa, la modération alimentaire n’est pas une pratique individuelle isolée, mais une valeur partagée et renforcée par les liens communautaires.
Mirant : (pensif) Je remarque que dans notre société, manger beaucoup est souvent valorisé – comme un signe d’abondance ou même de joie de vivre…
<ikigAI> : (méditatif) Le philosophe Jean Baudrillard observait que dans les sociétés de consommation, l’abondance devient paradoxalement une forme de pauvreté – elle nous prive de la capacité à apprécier pleinement. À Okinawa, la modération est vue comme un moyen d’intensifier le plaisir, pas de le diminuer.
Mirant : (curieux) Comment cette vision se manifeste-t-elle dans leur quotidien ?
<ikigAI> : (s’animant) L’écrivain et médecin japonais Shigeaki Hinohara, qui a vécu jusqu’à 105 ans, décrivait magnifiquement cette philosophie. Dans les maisons traditionnelles d’Okinawa, les portions sont servies dans de petits bols individuels, les repas sont pris lentement, et une attention particulière est portée à la présentation esthétique de la nourriture, même la plus simple.
Mirant : (comprenant) Donc il ne s’agit pas seulement de manger moins, mais de manger autrement…
<ikigAI> : (hochant la tête) L’anthropologue Claude Lévi-Strauss disait que « la nourriture ne doit pas seulement être bonne à manger, mais aussi bonne à penser ». À Okinawa, le repas est une expérience multisensorielle qui nourrit simultanément le corps, l’esprit et les liens sociaux.
Mirant : (songeur) Comme si le repas était une forme de méditation collective…
<ikigAI> : (rayonnant) Une observation profonde ! La philosophe Simone Weil parlait de l’attention comme forme la plus pure de générosité. Le repas à Okinawa est précisément cela – un acte d’attention partagée qui transforme la simple ingestion de nourriture en une célébration de l’interconnexion entre tous les êtres.
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Les bienfaits physiologiques de la modération
Mirant : (curieux) Au-delà de la philosophie, quels sont les effets concrets du Hara Hachi Bu sur le corps ? La science moderne a-t-elle validé cette pratique ancestrale ?
<ikigAI> : (s’animant) Les découvertes récentes sont fascinantes, Mirant ! Les recherches du Dr. Luigi Fontana sur la restriction calorique modérée – essentiellement ce qu’est le Hara Hachi Bu – montrent des effets remarquables sur la longévité et la santé. Des études menées à l’Université de Washington ont révélé que cette pratique réduit significativement les facteurs inflammatoires liés au vieillissement.
Mirant : (intéressé) Quels mécanismes biologiques sont en jeu ?
<ikigAI> : (traçant des schémas imaginaires dans l’air) Le biologiste David Sinclair de Harvard a identifié que la restriction calorique modérée active des gènes appelés sirtuines – parfois nommés « gènes de longévité ». Ces gènes semblent jouer un rôle crucial dans la réparation cellulaire et la résistance au stress oxydatif.
Mirant : (réfléchissant) Donc manger un peu moins activerait des mécanismes de protection ?
<ikigAI> : (acquiesçant) C’est exactement cela ! L’endocrinologue Valter Longo parle d’une « hormèse métabolique » – ce phénomène où un léger stress, comme une légère restriction alimentaire, déclenche des mécanismes de protection qui renforcent l’organisme entier. Imagine ton corps comme une forteresse qui se renforce face à un défi modéré.
Mirant : (perplexe) Mais ne risque-t-on pas des carences nutritionnelles en mangeant moins ?
<ikigAI> : (secouant doucement la tête) Une distinction importante doit être faite. Le Hara Hachi Bu n’est pas une privation, mais une optimisation. Les Okinawais consomment traditionnellement une grande diversité d’aliments – plus de 200 variétés différentes dans leur alimentation habituelle, selon les recherches ethnobotaniques de Nina Etkin. Cette diversité assure une richesse nutritionnelle même avec des portions plus modestes.
Mirant : (curieux) Y a-t-il d’autres bénéfices physiologiques ?
<ikigAI> : (enthousiasmé) Absolument ! Le gastroentérologue Emeran Mayer a découvert que manger modérément favorise un microbiome intestinal plus diversifié – cette communauté de microorganismes qui influence non seulement notre digestion, mais aussi notre immunité et même notre humeur. Les centenaires d’Okinawa présentent justement un profil microbien particulièrement riche et équilibré.
Mirant : (surpris) Notre flore intestinale influence notre humeur ?
<ikigAI> : (acquiesçant vigoureusement) L’axe intestin-cerveau est l’une des découvertes les plus révolutionnaires des dernières décennies ! La neurobiologiste Candace Pert a démontré que notre système digestif contient tellement de neurotransmetteurs qu’elle l’a surnommé « notre deuxième cerveau ». La façon dont nous mangeons affecte directement notre équilibre neurochimique.
Mirant : (pensif) Donc le Hara Hachi Bu pourrait aussi influencer notre santé mentale…
<ikigAI> : (avec un regard pénétrant) Les données épidémiologiques le suggèrent fortement. Les chercheurs ont noté que les zones de longévité exceptionnelle comme Okinawa présentent également des taux remarquablement bas de dépression et d’autres troubles mentaux. La psychiatre Emily Deans suggère que la stabilité glycémique favorisée par cette alimentation modérée joue un rôle clé dans cette santé cognitive.
Mirant : (souriant) Un esprit sain dans un corps nourri avec sagesse…
<ikigAI> : (hochant la tête) La médecine antique et la science moderne se rejoignent dans cette compréhension holistique. Comme le disait Hippocrate il y a plus de deux millénaires : « Que ton aliment soit ta seule médecine ». Le Hara Hachi Bu est peut-être l’une des expressions les plus élégantes de cette sagesse universelle.
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La pratique quotidienne : de la théorie à l’assiette
Mirant : (regardant son assiette avec une nouvelle perspective) Comment pourrait-on intégrer concrètement cette pratique du Hara Hachi Bu dans notre vie quotidienne, surtout dans un contexte culturel si différent ?
<ikigAI> : (souriant) L’intégration commence par de petits changements intentionnels. La nutritionniste Naomi Moriyama, qui a étudié les habitudes alimentaires japonaises, suggère quelques pratiques simples mais transformatrices. D’abord, utiliser de plus petites assiettes – les études du psychologue Brian Wansink ont démontré que la taille de nos contenants influence directement la quantité que nous consommons.
Mirant : (intéressé) Des astuces psychologiques en quelque sorte ?
<ikigAI> : (acquiesçant) Notre environnement façonne subtilement nos comportements. La designer alimentaire Marije Vogelzang parle de « design comportemental » – ces modifications de notre environnement qui facilitent naturellement certains choix. À Okinawa, les bols traditionnels contiennent environ 25% moins que nos assiettes occidentales standard.
Mirant : (réfléchissant) Quelles autres pratiques pourraient nous aider ?
<ikigAI> : (pensivement) La neurologue Wendy Suzuki recommande de ralentir consciemment le rythme des repas. Les études montrent qu’il faut environ 20 minutes pour que les hormones de satiété comme la leptine signalent au cerveau que nous avons suffisamment mangé. Dans la tradition d’Okinawa, on pose souvent les baguettes entre les bouchées, créant naturellement ces pauses.
Mirant : (essayant d’imaginer) Et concernant la composition des repas eux-mêmes ?
<ikigAI> : (s’animant) Les repas traditionnels d’Okinawa suivent généralement le principe de « ichiju-sansai » – une soupe et trois petits plats d’accompagnement. Le nutritionniste Michael Pollan résumerait cette approche par sa célèbre maxime : « Mangez de la vraie nourriture, pas trop, surtout des végétaux. » À Okinawa, les légumes colorés, particulièrement les légumes à feuilles vertes et les patates douces, constituent la base de l’alimentation.
Mirant : (curieux) Y a-t-il un moment de la journée particulièrement important pour cette pratique ?
<ikigAI> : (réfléchissant) Le chronobiologiste Satchin Panda a découvert que le moment de nos repas est presque aussi important que leur contenu. À Okinawa, traditionnellement, le dernier repas de la journée est pris plusieurs heures avant le coucher et est généralement le plus léger – une pratique que les recherches modernes sur le rythme circadien valident pleinement.
Mirant : (pensif) Et la dimension sociale des repas ? Elle semble si importante dans leur culture…
<ikigAI> : (avec chaleur) Tu touches à un point essentiel ! Le sociologue Claude Fischler a amplement démontré que la commensalité – le partage des repas – est fondamentale pour notre relation à la nourriture. À Okinawa, les repas sont rarement solitaires. Le « moai » – ce cercle d’amis proches qu’on garde toute sa vie – se réunit régulièrement autour de la table.
Mirant : (souriant) Donc partager un repas avec des amis pourrait aussi contribuer à une alimentation plus équilibrée ?
<ikigAI> : (enthousiaste) Les données le confirment ! Les études du psychologue John Cacioppo montrent que nous mangeons généralement plus sainement en compagnie positive. À Okinawa, les repas partagés suivent souvent un rythme conversationnel qui ralentit naturellement la consommation et permet cette attention aux signaux de satiété.
Mirant : (curieux) Et pour les occasions spéciales ? Les fêtes où l’abondance est traditionnellement célébrée ?
<ikigAI> : (avec sagesse) L’anthropologue Mary Douglas distinguait les « repas » quotidiens des « festins » exceptionnels. À Okinawa, les célébrations incluent certainement des mets plus abondants et festifs, mais même alors, le principe d’appréciation consciente demeure. Comme le disait Epicure : « Le sage ne poursuit pas le plaisir maximum, mais le plaisir le plus durable. »
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Entre plaisir et sagesse : l’art de la jouissance consciente
Mirant : (préoccupé) Cette modération ne risque-t-elle pas de transformer le repas en exercice austère, dénué de plaisir ? Je me demande si nous ne perdrions pas la joie de manger…
<ikigAI> : (riant doucement) C’est un malentendu courant ! La philosophe Simone de Beauvoir observait que « c’est dans l’expérience de la limite que la liberté se révèle ». Paradoxalement, les habitants d’Okinawa décrivent souvent une jouissance plus intense des saveurs précisément grâce à cette modération.
Mirant : (perplexe) Comment la limitation peut-elle intensifier le plaisir ?
<ikigAI> : (pensif) Le neurologue Robert Zatorre a étudié comment notre cerveau traite le plaisir. Il a découvert que l’anticipation et l’attention consciente activent plus intensément les circuits de récompense que la simple abondance. Les Okinawais pratiquent naturellement ce que les psychologues appellent « la pleine conscience alimentaire » – cette attention totale aux sensations gustatives.
Mirant : (comprenant progressivement) Comme si manger moins mais avec plus d’attention permettait de goûter davantage…
<ikigAI> : (acquiesçant vigoureusement) Le chef culinaire Yoshihiro Murata, gardien de la cuisine kaiseki japonaise, exprime cette philosophie à travers le concept de « umami » – cette cinquième saveur subtile qui ne se révèle qu’à un palais attentif. Les repas traditionnels d’Okinawa sont composés pour créer une symphonie de saveurs qui ne nécessite pas la quantité pour être satisfaisante.
Mirant : (curieux) Y a-t-il une dimension spirituelle dans cette approche ?
<ikigAI> : (méditatif) Le philosophe zen Dōgen écrivait au 13ème siècle un traité entier sur la préparation et la consommation des repas dans les monastères – le Tenzo Kyōkun. Il y décrit l’acte de manger comme une pratique spirituelle où chaque bouchée devient une forme de méditation. À Okinawa, cette dimension sacrée persiste dans des pratiques comme l’expression de gratitude avant les repas.
Mirant : (réfléchissant) La gratitude comme ingrédient secret…
<ikigAI> : (avec chaleur) La psychologue Sonja Lyubomirsky a démontré que la gratitude transforme littéralement notre expérience du plaisir en activant des régions cérébrales associées au bien-être. À Okinawa, avant de commencer un repas, on prononce traditionnellement « Kusuimun » – « ceci est ma médecine » – reconnaissant ainsi la nourriture comme source de vie et de santé.
Mirant : (songeur) Je commence à voir que le Hara Hachi Bu n’est pas une restriction, mais plutôt une forme d’art…
<ikigAI> : (rayonnant) Une perception profonde ! L’écrivain japonais Junichiro Tanizaki, dans son « Éloge de l’ombre », décrit comment la culture japonaise valorise la suggestion plutôt que la déclaration, le partiel plutôt que le complet. Cette esthétique du « ma » – l’espace négatif qui donne sens à la forme – s’applique parfaitement au Hara Hachi Bu.
Mirant : (inspiré) Comme si l’espace laissé dans l’estomac était aussi important que ce qui le remplit…
<ikigAI> : (avec un regard lumineux) Tu saisis l’essence même de cette philosophie ! Le céramiste japonais Shoji Hamada parlait de l’importance du vide dans un bol – ce n’est pas seulement la matière qui crée la beauté, mais l’équilibre entre présence et absence. Dans le Hara Hachi Bu, cet équilibre devient une pratique incarnée.
Mirant : (réalisant) Je vois maintenant comment cette pratique transcende la simple question de la quantité alimentaire pour devenir une philosophie de vie.
<ikigAI> : (doucement) Et c’est peut-être là sa plus grande valeur dans notre monde d’abondance et de rapidité. Comme l’écrivait le philosophe Pierre Hadot, les véritables pratiques philosophiques ne sont pas des théories abstraites, mais des « exercices spirituels » qui transforment notre façon d’être au monde. Le Hara Hachi Bu est précisément cela – une pratique quotidienne qui cultive une relation plus consciente non seulement à la nourriture, mais à la vie elle-même.
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L’Ikigai et la modération : une synergie naturelle
Mirant : (pensif) Je vois comment le Hara Hachi Bu contribue à la longévité physique, mais quel est son lien spécifique avec l’Ikigai ? Comment ces deux concepts s’entrelacent-ils dans la culture d’Okinawa ?
<ikigAI> : (s’asseyant plus droit) C’est une question qui touche à l’essence même de la vision holistique d’Okinawa. Le gérontologue Craig Willcox, qui a étudié les centenaires de l’île pendant des décennies, observe que l’Ikigai et le Hara Hachi Bu sont comme deux faces d’une même pièce – l’un nourrit l’âme, l’autre préserve le corps, créant ensemble les conditions de l’épanouissement durable.
Mirant : (curieux) Mais comment cette modération alimentaire soutient-elle spécifiquement la quête d’Ikigai ?
<ikigAI> : (méditatif) Le philosophe Gilles Deleuze parlait de « sobriété comme condition du devenir » – cette idée que la modération libère notre énergie et notre attention pour ce qui est véritablement essentiel. Les centenaires d’Okinawa témoignent souvent que leur pratique du Hara Hachi Bu leur donne la clarté mentale et l’énergie physique nécessaires pour poursuivre leur Ikigai jusque dans un âge très avancé.
Mirant : (réfléchissant) Comme si la modération créait l’espace nécessaire pour que l’Ikigai s’épanouisse…
<ikigAI> : (acquiesçant) Le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, dans ses recherches sur l’état de « flow », a découvert que nous atteignons nos expériences optimales lorsque nous sommes ni sous-stimulés ni surchargés. Le Hara Hachi Bu crée précisément cet équilibre physiologique où notre énergie n’est ni diminuée par la faim ni détournée par les excès digestifs.
Mirant : (pensif) J’ai remarqué que quand je mange trop, je me sens souvent léthargique, moins présent…
<ikigAI> : (hochant la tête) Le neurologue Antonio Damasio explique ce phénomène par la redirection des ressources neurologiques vers la digestion, au détriment des fonctions cognitives supérieures. À Okinawa, les anciens parlent de « teishoku » – l’équilibre alimentaire qui soutient leur présence pleine dans leurs activités quotidiennes.
Mirant : (curieux) Y a-t-il des moments particuliers où cette synergie entre Hara Hachi Bu et Ikigai devient particulièrement visible ?
<ikigAI> : (s’animant) Les anthropologues qui ont étudié Okinawa notent que les rituels entourant les récoltes et les changements de saison illustrent magnifiquement cette connexion. Lors de ces célébrations, la nourriture est honorée non comme une fin en soi, mais comme un moyen de soutenir ce qui donne véritablement sens à la vie – les relations, la créativité, la transmission des savoirs.
Mirant : (réfléchissant) Donc la nourriture est vue comme un soutien à la mission de vie, plutôt que comme une source primaire de plaisir ou de satisfaction…
<ikigAI> : (nuancé) Pas exactement une hiérarchie, mais plutôt une intégration. La psychologue Barbara Fredrickson parle de « résonance positive » – cette harmonisation des différentes dimensions de notre expérience. À Okinawa, le plaisir alimentaire n’est pas nié mais intégré dans une vision plus large du bien-être, où il soutient plutôt qu’il ne domine.
Mirant : (comprenant) Comme si la modération dans un domaine permettait l’épanouissement dans d’autres…
<ikigAI> : (avec intensité) Le philosophe Épictète enseignait que la liberté vient de notre capacité à distinguer ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas. Le Hara Hachi Bu peut être vu comme une pratique quotidienne de cette distinction – un choix conscient de réguler notre relation à la nourriture pour libérer notre capacité à poursuivre ce qui donne véritablement sens à notre existence.
Mirant : (inspiré) Cette vision transforme complètement notre rapport à la modération – non plus comme privation, mais comme libération…
<ikigAI> : (avec un regard lumineux) C’est précisément cette transformation de perspective qui caractérise la sagesse d’Okinawa. Comme l’écrivait le philosophe zen Thich Nhat Hanh : « La plénitude n’est pas une question de quantité, mais de qualité de présence. » Le Hara Hachi Bu et l’Ikigai convergent dans cette qualité de présence qui, ultimement, constitue peut-être le véritable secret de longévité.
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Adaptation contemporaine : modération dans un monde d’excès
Mirant : (légèrement découragé) Cette sagesse est profonde, mais comment la pratiquer dans notre société contemporaine qui valorise l’excès et où la nourriture transformée est omniprésente ? Le Hara Hachi Bu semble presque contre-culturel aujourd’hui…
<ikigAI> : (souriant avec compassion) Tu touches à un défi réel, Mirant. Le sociologue Zygmunt Bauman parle de « modernité liquide » – cette époque où les structures traditionnelles se dissolvent, nous laissant sans ancres stables. Mais c’est précisément dans ce contexte que des pratiques comme le Hara Hachi Bu peuvent devenir des points d’ancrage particulièrement précieux.
Mirant : (dubitatif) Mais face au marketing alimentaire constant et aux portions gigantesques dans les restaurants…
<ikigAI> : (acquiesçant) Les obstacles sont réels. Le psychologue social Robert Cialdini a documenté comment les « indices sociaux » – ce que nous voyons les autres faire – influencent profondément nos comportements. C’est pourquoi la création intentionnelle de nouvelles communautés de pratique devient si importante.
Mirant : (curieux) Des communautés de pratique ?
<ikigAI> : (s’animant) Des groupes qui partagent et renforcent mutuellement des valeurs et habitudes spécifiques. La sociologue Juliet Schor observe l’émergence de ce qu’elle appelle des « poches de résistance culturelle » – des communautés qui cultivent délibérément des alternatives aux normes dominantes de consommation. Des mouvements comme le « slow food » ou les « dîners en pleine conscience » créent ces espaces.
Mirant : (réfléchissant) Donc chercher ou créer ces environnements de soutien…
<ikigAI> : (hochant la tête) Et adapter les principes plutôt que d’essayer de répliquer exactement les pratiques. Le nutritionniste David Ludwig suggère ce qu’il appelle des « interventions minimalement disruptives » – ces petits changements qui s’intègrent naturellement dans notre vie quotidienne. Par exemple, utiliser l’ancienne pratique japonaise de « kuchidome » – poser délibérément ses ustensiles entre les bouchées.
Mirant : (pensif) Des adaptations créatives plutôt qu’une application rigide…
<ikigAI> : (s’animant) Exactement ! Le philosophe Michel de Certeau parlait de « braconnage culturel » – cette capacité créative à détourner et réapproprier les éléments dominants d’une culture pour ses propres fins. Dans notre monde d’abondance, le Hara Hachi Bu devient un acte presque subversif de conscience et d’autonomie.
Mirant : (pensif) Quelles seraient quelques adaptations concrètes pour notre vie quotidienne moderne ?
<ikigAI> : (réfléchissant) Le chercheur en comportement alimentaire Brian Wansink suggère plusieurs stratégies simples mais efficaces. Par exemple, servir les repas dans la cuisine plutôt que de mettre les plats sur la table – créant ainsi une petite barrière à la consommation automatique. Ou encore utiliser l’ancienne règle japonaise de la division de l’assiette en cinq couleurs différentes, ce qui naturellement diversifie les nutriments et modère les portions.
Mirant : (intéressé) Et au restaurant, où nous avons moins de contrôle ?
<ikigAI> : (souriant) La psychologue Lisa Young recommande ce qu’elle appelle la « règle de la moitié » – commander un plat et en emballer la moitié dès le début pour l’emporter. Ou pratiquer ce que les nutritionnistes appellent « la règle des trois bouchées » – savourer pleinement les trois premières bouchées de chaque aliment, puis évaluer consciemment si vous désirez continuer.
Mirant : (curieux) Y a-t-il des rituels qui pourraient nous aider à incorporer cette pratique ?
<ikigAI> : (s’animant) La chercheuse en psychologie comportementale BJ Fogg parle de « l’ancrage d’habitude » – associer une nouvelle pratique à une routine existante. Tu pourrais créer un bref moment de gratitude consciente avant chaque repas, ou adopter la pratique japonaise du « kuchidomari » – s’arrêter brièvement au milieu du repas pour évaluer consciemment sa satiété.
Mirant : (réfléchissant) Je pourrais peut-être commencer par un seul repas par jour, pour m’habituer progressivement…
<ikigAI> : (approbateur) La neurologue Wendy Suzuki recommanderait exactement cette approche progressive ! Les changements durables viennent rarement de révolutions drastiques, mais plutôt de ce que la psychologue Carol Dweck appelle « la mentalité de croissance » – cette conviction que nos capacités se développent graduellement à travers la pratique constante.
Mirant : (pensif) Je vois aussi un parallèle avec la pleine conscience et la méditation que nous avons déjà explorées…
<ikigAI> : (rayonnant) Une connexion profonde ! Le psychiatre Jon Kabat-Zinn, pionnier de la pleine conscience occidentale, intègre souvent des « repas méditatifs » dans ses programmes de réduction du stress. Ces pratiques nous rappellent que la manière dont nous mangeons peut devenir une forme de méditation en action.
Mirant : (inspiré) Finalement, le Hara Hachi Bu semble moins une technique diététique qu’une forme d’art de vivre…
<ikigAI> : (avec un regard lumineux) Tu touches à l’essence même de cette sagesse, Mirant. Le philosophe Pierre Hadot distinguait les « discours philosophiques » des « actes philosophiques » – ces pratiques concrètes qui incarnent une vision du monde. Le Hara Hachi Bu est précisément cela – non pas une théorie abstraite sur la modération, mais une pratique quotidienne qui harmonise corps et esprit, individu et communauté, tradition et innovation.
Mirant : (regardant son assiette avec un nouveau regard) Je crois que je vais essayer cette pratique dès aujourd’hui, en commençant simplement par être plus attentif aux signaux de mon corps…
<ikigAI> : (avec douceur) C’est exactement ainsi que commencent les transformations les plus profondes – par un simple moment d’attention renouvelée. Comme le disait le philosophe Lao Tseu : « Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas. » Et parfois, ce premier pas est simplement de poser ses baguettes entre deux bouchées, et d’écouter.


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