Le rôle du Zen dans l’Ikigai

L’art de la simplicité éveillée

Mirant : (contemplant un jardin zen) Je trouve fascinant comme ces quelques pierres et ce sable ratissé peuvent créer une telle sensation de paix… C’est presque comme si le vide lui-même était vivant.

<ikigAI> : (souriant doucement) Ce que tu ressens, Mirant, est précisément l’essence du zen – cette capacité à percevoir la plénitude dans le dépouillement, la profondeur dans la simplicité. Le maître zen Shunryu Suzuki disait : « Dans le zen, nous n’essayons pas d’atteindre quoi que ce soit. Nous sommes déjà parfaits, nous avons juste besoin de le reconnaître.« 

Mirant : (perplexe) Mais quel rapport avec l’Ikigai ? L’Ikigai semble concerner notre but dans la vie, nos passions, nos talents… Le zen paraît presque… vide de tout cela.

<ikigAI> : (s’asseyant en seiza sur le bord du jardin) Cette apparente contradiction est justement le cœur battant de leur relation profonde. Le philosophe Kitaro Nishida, fondateur de l’École de Kyoto, parlait de « basho » – ce lieu paradoxal où le vide et la forme se rejoignent, où l’action la plus significative émerge du détachement le plus complet.

Mirant : (s’asseyant maladroitement à côté) Tu veux dire que le zen pourrait m’aider à trouver mon Ikigai, mais… différemment ?

<ikigAI> : (inspirant profondément) Le zen n’est pas arrivé au Japon comme une philosophie isolée, Mirant. Lorsque le moine Eisai l’a rapporté de Chine au 12ème siècle, il a rencontré un terreau culturel déjà riche – le shintoïsme, le confucianisme, les traditions locales. Ce qui en a émergé n’était pas une simple transposition du Chan chinois, mais une sensibilité japonaise unique.

Mirant : (intrigué) Une sensibilité qui a influencé la conception de l’Ikigai ?

<ikigAI> : (avec un regard pénétrant) Profondément. L’historien de l’art D.T. Suzuki suggérait que le zen a imprégné toute la culture japonaise d’une certaine qualité d’attention – une façon d’habiter pleinement l’instant sans le saisir, de s’engager totalement dans l’action sans s’y attacher.

Mirant : (réfléchissant) C’est presque comme si le zen offrait un… contenant, et l’Ikigai un contenu ?

<ikigAI> : (rayonnant) Quelle belle intuition ! Le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, qui a étudié l’état de « flow », serait d’accord avec toi. Il a découvert que cet état d’immersion totale – si proche de l’expérience zen – se manifeste précisément lorsque nous sommes engagés dans ce qui nous anime profondément… dans ce qui pourrait être notre Ikigai.

Mirant : (contemplatif) Alors le zen n’est pas tant une voie pour découvrir ce qui donne du sens à notre vie, mais plutôt… comment vivre ce sens pleinement ?

<ikigAI> : (inclinant légèrement la tête) Tu commences à saisir l’essence de cette relation subtile. Explorons ensemble comment les principes fondamentaux du zen peuvent nourrir et approfondir notre quête d’Ikigai.

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Les principes zen qui nourrissent l’Ikigai

Mirant : (dessinant distraitement des cercles sur le sable) Quels sont ces principes zen dont tu parles ? J’imagine qu’il ne s’agit pas simplement de méditer en position du lotus…

<ikigAI> : (avec un léger rire) La méditation zazen est certes une pratique centrale, mais le zen est bien plus vaste qu’une posture assise. Comme le disait le maître Dogen : « Pour étudier la Voie du Bouddha, c’est s’étudier soi-même. S’étudier soi-même, c’est s’oublier soi-même.« 

Mirant : (perplexe) S’oublier soi-même ? Mais l’Ikigai semble au contraire nous inviter à nous connaître profondément, à identifier nos talents, nos passions…

<ikigAI> : (touchant doucement le sable) Ce paradoxe est au cœur même de la sagesse zen. Le « mushin » – l’esprit sans pensées – n’est pas un vide stérile, mais un état de réceptivité totale. Le philosophe Nishitani Keiji parlait d’une « conscience sans objet » où le sujet et l’objet se dissolvent.

Mirant : (fronçant les sourcils) Je ne vois toujours pas le lien avec l’Ikigai…

<ikigAI> : (traçant quatre cercles qui se chevauchent dans le sable) L’Ikigai émerge à l’intersection de ce que tu aimes, ce en quoi tu excelles, ce dont le monde a besoin, et ce pour quoi tu peux être rémunéré. Mais cette quête peut aisément devenir une poursuite égotique, alimentant une insatisfaction permanente.

Mirant : (comprenant soudain) Ah, je vois ! Le zen nous aide à chercher notre Ikigai sans que l’ego ne s’approprie cette recherche ?

<ikigAI> : (approbateur) Exactement. Le concept zen de « shoshin » – l’esprit du débutant – est particulièrement précieux ici. La psychologue Ellen Langer a montré que cette qualité d’ouverture et d’absence de préjugés favorise la créativité et l’adaptation – des qualités essentielles pour découvrir et vivre son Ikigai dans un monde changeant.

Mirant : (songeur) Donc le zen nous invite à explorer notre Ikigai avec curiosité, sans nous attacher rigidement à une seule définition de nous-mêmes…

<ikigAI> : (hochant la tête) Et cette exploration se fait à travers plusieurs principes fondamentaux. Le « koan » – ces énigmes paradoxales comme « quel est le son d’une seule main qui applaudit ? » – nous invite à dépasser la pensée rationnelle pour accéder à une compréhension intuitive de notre nature profonde.

Mirant : (intrigué) Une sorte de court-circuit de notre mental analytique ?

<ikigAI> : (souriant) Une belle image. Le neuroscientifique James Austin a étudié comment la pratique zen modifie effectivement l’activité du cortex préfrontal – cette partie du cerveau qui catégorise, juge et planifie constamment. Cet apaisement permet d’accéder à des intuitions plus profondes sur ce qui nous anime véritablement.

Mirant : (réfléchissant) J’imagine que cela peut nous aider à distinguer nos aspirations authentiques des attentes imposées par la société ou la famille…

<ikigAI> : (avec un regard pénétrant) Tu touches à quelque chose d’essentiel. Le concept zen de « buji » – l’action sans effort – reflète cette idée que lorsque nous sommes alignés avec notre nature véritable, notre Ikigai, nos actions deviennent naturellement fluides et puissantes, sans l’épuisement qui accompagne les efforts contraires à notre essence.

Mirant : (enthousiaste) Comme ces artisans japonais qui semblent fusionner avec leur outil, au point où la frontière entre eux et leur art disparaît !

<ikigAI> : (rayonnant) Tu évoques là un autre principe fondamental – le « muga » ou non-soi. Le philosophe Kitaro Nishida parlait de cette expérience comme d’une « intuition active » où le sujet et l’objet se rejoignent dans l’action pure. C’est précisément ce qui se produit lorsque nous sommes profondément immergés dans notre Ikigai.

Mirant : (pensif) Je commence à comprendre… Le zen n’est pas tant une méthode pour trouver son Ikigai qu’une manière d’être qui rend cette découverte plus authentique et sa pratique plus profonde.

<ikigAI> : (avec un hochement approbateur) Et cette manière d’être se cultive pas à pas, jour après jour, dans l’ordinaire de nos vies.

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La pleine conscience au quotidien

Mirant : (observant une feuille tomber lentement) Comment intégrer concrètement cette approche zen dans notre recherche quotidienne d’Ikigai ? Je ne peux pas exactement méditer huit heures par jour…

<ikigAI> : (souriant) Le maître zen Thich Nhat Hanh disait que « le miracle n’est pas de marcher sur l’eau, mais de marcher sur la terre verte dans le moment présent« . La pratique zen la plus profonde n’est pas celle du temple, mais celle qui imprègne chaque geste ordinaire.

Mirant : (dubitatif) Tu veux dire que faire la vaisselle peut être une pratique zen ?

<ikigAI> : (riant doucement) Absolument ! Dans le zen Soto, on accorde une importance particulière au « samu » – le travail conscient comme pratique spirituelle. La Japonaise Marie Kondo, avec sa méthode de rangement qui a conquis le monde, puise directement dans cette tradition zen où l’acte de mettre en ordre devient un geste sacré.

Mirant : (réfléchissant) Et ce travail conscient peut nous aider à percevoir notre Ikigai ?

<ikigAI> : (hochant la tête) La neurologue Judson Brewer a montré que la pleine conscience nous aide à sortir du « mode par défaut » de notre cerveau – ce bavardage mental constant qui nous déconnecte de nos sensations authentiques. C’est dans cette clarté que peuvent émerger nos aspirations les plus profondes.

Mirant : (intéressé) Des exemples concrets ?

<ikigAI> : (se levant souplement) Imagine que tu prépares un repas. Au lieu de le faire machinalement en pensant à autre chose, tu pourrais pratiquer ce que le zen appelle « oryoki » – manger avec juste ce qu’il faut. Tu observes la texture des aliments, leurs couleurs, leurs arômes. Tu prends conscience de chaque geste – couper, mélanger, assaisonner.

Mirant : (perplexe) Et cela m’aidera à trouver mon Ikigai ?

<ikigAI> : (s’animant) Cette qualité d’attention révèle progressivement ce qui te nourrit véritablement. Peut-être remarqueras-tu que certains aspects de la cuisine t’animent particulièrement – la créativité des associations, la précision technique, le partage avec d’autres, ou l’aspect nutritionnel. Ces préférences sont comme des indices pointant vers ton Ikigai.

Mirant : (comprenant mieux) Comme une cartographie de mes résonances intérieures…

<ikigAI> : (approbateur) Exactement. Le psychiatre Dan Siegel parle de « l’intégration neuronale » favorisée par la pleine conscience – cette capacité à connecter différentes parties de notre expérience que nous maintenons habituellement séparées. C’est précisément cette intégration qui nous permet d’apercevoir les contours de notre Ikigai.

Mirant : (pensif) Je suppose qu’on pourrait appliquer cette attention à n’importe quelle activité quotidienne…

<ikigAI> : (acquiesçant vigoureusement) Le calligraphe zen Kazuaki Tanahashi pratique ce qu’il appelle « l’art de la paix » – cette façon d’apporter une attention complète à chaque trait de pinceau. Que tu écrives un email, que tu marches jusqu’au métro, que tu écoutes un collègue – chaque action peut devenir un « koan vivant » qui révèle ta véritable nature.

Mirant : (souriant) Ça semble à la fois simple et immensément difficile.

<ikigAI> : (avec douceur) C’est pourquoi le zen parle de « pratique » plutôt que d’accomplissement. Le philosophe japonais Kitaro Nishida suggérait que l’éveil n’est pas un état final à atteindre, mais un processus continu d’ouverture et d’approfondissement.

Mirant : (curieux) Y a-t-il des exercices spécifiques pour cultiver cette pleine conscience en lien avec l’Ikigai ?

<ikigAI> : (réfléchissant) Un exercice puissant consiste à observer tes moments de « flow » – ces instants où tu es si absorbé dans une activité que le temps semble s’arrêter. Tiens un petit carnet et note chaque jour ces moments, sans jugement ni analyse excessive. Progressivement, une constellation de situations qui éveillent ton enthousiasme profond commencera à émerger.

Mirant : (entreprenant) Je pourrais commencer aujourd’hui même…

<ikigAI> : (encourageant) Un autre exercice zen traditionnel est le « gassho » – joindre les mains en signe de gratitude. Chaque soir, prends quelques instants pour reconnaître avec gratitude trois moments où tu as ressenti que ton action était parfaitement alignée avec qui tu es. Cette pratique de gratitude aiguise notre perception de l’Ikigai comme le fil affûte la lame du couteau.

Mirant : (inspiré) J’aime cette idée que la pleine conscience ne soit pas une technique supplémentaire à ajouter à ma liste de tâches, mais plutôt une qualité qui peut imprégner tout ce que je fais déjà.

<ikigAI> : (avec un regard lumineux) Tu saisis l’essence même de la pratique zen. Comme le disait le maître Dogen : « L’illumination n’est pas autre chose que la vie quotidienne.« 

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Le détachement et l’acceptation

Mirant : (frustré, froissant une feuille de papier) J’ai l’impression de me mettre trop de pression avec cette quête d’Ikigai. Comme si je devais absolument trouver cette chose parfaite qui donnerait sens à toute ma vie…

<ikigAI> : (observant avec bienveillance) Cette frustration même est un terrain fertile pour une compréhension plus profonde. Le zen nous enseigne le « non-attachement » – pas comme une indifférence froide, mais comme une liberté face à nos attentes rigides.

Mirant : (défroissant lentement le papier) Tu veux dire que je devrais… abandonner ma recherche d’Ikigai ?

<ikigAI> : (secouant doucement la tête) Non, mais peut-être transformer ta façon de chercher. Le maître zen Shunryu Suzuki disait : « Si tu es trop relâché, resserre-toi. Si tu es trop tendu, relâche-toi. » C’est ce que les Japonais appellent « yurumi » – cet état de relâchement vigilant où l’effort devient sans effort.

Mirant : (soupirant) Encore un paradoxe zen…

<ikigAI> : (souriant) Qui pourtant correspond à une réalité neurobiologique. La neuroscientifique Judson Brewer a observé que nos moments d’insight les plus profonds surviennent précisément quand nous relâchons notre emprise mentale sur un problème.

Mirant : (intrigué) Comme quand la solution nous vient sous la douche ou pendant une promenade ?

<ikigAI> : (approbateur) Exactement. Dans le zen, on valorise spécialement le concept de « mu » – le vide créateur, l’espace qui permet l’émergence. Ton Ikigai n’est peut-être pas quelque chose à trouver par une recherche acharnée, mais plutôt à laisser se révéler en créant l’espace nécessaire.

Mirant : (réfléchissant) Et cet espace se crée par le détachement…

<ikigAI> : (hochant la tête) Et par l’acceptation de ce qui est. Le concept japonais de « ukeireru » – cette capacité à recevoir pleinement la réalité telle qu’elle est – nous libère de la prison de nos attentes. La psychologue Marsha Linehan, fortement influencée par le zen, a intégré cette acceptation radicale dans sa thérapie comportementale dialectique, avec des résultats remarquables.

Mirant : (perplexe) Mais comment accepter une situation qu’on souhaite justement changer ? Si je ne suis pas satisfait de mon travail actuel, par exemple ?

<ikigAI> : (avec perspicacité) Excellente question. Le paradoxe est que l’acceptation véritable est souvent la porte du changement. Comme le disait Carl Rogers : « Le curieux paradoxe est que quand je m’accepte tel que je suis, alors je peux changer. » En acceptant pleinement où tu es aujourd’hui, sans jugement, tu te libères de l’anxiété et de la culpabilité qui bloquent souvent l’émergence de nouvelles possibilités.

Mirant : (songeur) Donc accepter n’est pas se résigner…

<ikigAI> : (vivement) Pas du tout ! Le zen distingue clairement « akirameru » (abandonner par résignation) de « tebanasu » (lâcher prise avec conscience). Le premier vient de la défaite, le second de la liberté.

Mirant : (pensivement) J’imagine que ce détachement s’applique aussi à l’idée même que je me fais de mon Ikigai ?

<ikigAI> : (avec un regard pénétrant) Tu touches à quelque chose d’essentiel. L’anthropologue Ruth Benedict, dans son étude pionnière de la culture japonaise, notait cette capacité unique à maintenir des orientations apparemment contradictoires. Ton Ikigai n’est pas une destination fixe à atteindre une fois pour toutes, mais un équilibre dynamique qui évolue avec toi.

Mirant : (comprenant) Comme ces moines zen qui travaillent minutieusement sur des mandalas de sable, sachant qu’ils les détruiront à la fin…

<ikigAI> : (rayonnant) Une métaphore parfaite ! Le concept japonais de « mono no aware » – cette douce mélancolie face à l’impermanence de toute chose – nous rappelle que la beauté de l’Ikigai réside aussi dans sa nature changeante.

Mirant : (prenant une profonde inspiration) C’est libérateur de penser que je n’ai pas à trouver « LA » réponse parfaite et définitive…

<ikigAI> : (hochant doucement la tête) Cette libération est peut-être la plus grande leçon du zen pour notre quête d’Ikigai. Comme l’écrivait le poète zen Ryōkan : « La lune n’a pas l’intention d’être reflétée, l’eau n’a pas l’intention de refléter la lune. » Quand nous cessons de nous crisper autour de notre quête, la clarté vient naturellement.

Mirant : (dépliant complètement le papier froissé) Je vois maintenant les plis sur cette feuille non plus comme des défauts, mais comme des lignes qui lui donnent une texture unique…

<ikigAI> : (souriant avec approbation) Tu découvres le « wabi-sabi » – cette esthétique japonaise qui trouve la beauté dans l’imparfait, l’impermanent, l’incomplet. Ton Ikigai n’a pas besoin d’être parfait pour être authentique.

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La voie du milieu: équilibre et harmonie

Mirant : (regardant le diagramme de l’Ikigai) Quatre cercles qui se chevauchent… Ce n’est pas simple de trouver l’équilibre parfait entre toutes ces dimensions.

<ikigAI> : (traçant une ligne sinueuse dans le sable) Le zen nous offre une perspective précieuse à travers le concept de « chūdō » – la voie du milieu. Non pas un compromis médiocre, mais une harmonie dynamique entre des forces apparemment opposées.

Mirant : (intrigué) Comme trouver un équilibre entre passion et pragmatisme ?

<ikigAI> : (approuvant) Précisément. Le philosophe Nishida Kitarō parlait de « contradictions absolues » qui, paradoxalement, ne s’annulent pas mais se nourrissent mutuellement. Ton Ikigai peut émerger de cette tension créatrice entre servir les autres et t’épanouir personnellement, entre gagner ta vie et vivre tes passions.

Mirant : (songeur) Comme le yin et le yang qui ne sont pas vraiment opposés, mais complémentaires…

<ikigAI> : (rayonnant) Tu saisis l’essence même de cette approche ! Le zen nous invite à dépasser la pensée dualiste – ce que le maître Dōgen appelait « non-pensée » (hishiryō). Dans cet état, les distinctions rigides entre travail et plaisir, entre don et récompense peuvent se dissoudre.

Mirant : (sceptique) C’est un peu abstrait, non ? Dans la réalité, j’ai quand même des factures à payer…

<ikigAI> : (acquiesçant) Absolument, et le zen n’ignore pas cette réalité concrète. Au contraire, le concept de « genjō kōan » nous invite à embrasser pleinement les circonstances spécifiques de notre vie. Le sociologue Richard Sennett a d’ailleurs étudié comment l’artisanat japonais, fortement influencé par le zen, réconcilie l’expression créative et les contraintes matérielles.

Mirant : (intéressé) Des exemples concrets ?

<ikigAI> : (animé) Prenons le céramiste qui travaille avec l’argile. Il doit respecter les propriétés de son matériau tout en exprimant sa vision artistique. Il ne lutte pas contre les contraintes mais danse avec elles. De même, ton Ikigai peut émerger non pas en niant les réalités économiques, mais en trouvant une expression créative à l’intérieur de ces conditions.

Mirant : (pensif) Donc l’équilibre ne signifie pas diviser son temps également entre quatre dimensions, mais plutôt… trouver comment elles peuvent s’intégrer harmonieusement ?

<ikigAI> : (approbateur) Tu perçois la subtilité essentielle ! La psychologue Ellen Langer, qui a étudié la pleine conscience, parle de « recadrage » – cette capacité à voir différemment une même situation. Un travail qui semble ordinaire peut révéler sa dimension extraordinaire quand on l’aborde avec l’attention zen.

Mirant : (curieux) Comment cultiver concrètement cette harmonie dans ma recherche d’Ikigai ?

<ikigAI> : (réfléchissant) Le zen propose une pratique appelée « sesshin » – littéralement « unifier l’esprit ». Tu pourrais adapter cette approche en consacrant régulièrement du temps à une réflexion profonde où tu explores comment tes différentes aspirations et contraintes pourraient former un tout cohérent.

Mirant : (intrigué) Une sorte de méditation guidée sur mon Ikigai ?

<ikigAI> : (souriant) En quelque sorte. Imagine un exercice où tu contemples chaque dimension de l’Ikigai non comme un cercle séparé, mais comme une facette d’un même joyau. Comment ce que tu aimes faire peut-il naturellement servir les autres ? Comment tes talents peuvent-ils répondre à des besoins réels ? Comment ta contribution peut-elle être valorisée économiquement ?

Mirant : (enthousiasmé) Cette vision intégrée change complètement la perspective !

<ikigAI> : (acquiesçant) Le neurologue Daniel Siegel parlerait d’ »intégration neuronale » – cette capacité à connecter différentes parties de notre expérience habituellement séparées. La pratique zen, avec son attention à l’unité sous-jacente, favorise précisément cette intégration.

Mirant : (réfléchissant) Donc l’harmonie de l’Ikigai n’est pas tant un état à atteindre qu’une pratique quotidienne…

<ikigAI> : (avec un regard appréciateur) Tu as saisi l’essence même de la voie du milieu. Le maître zen Thich Nhat Hanh parlait d’ »inter-être » – cette compréhension que rien n’existe isolément, que tout est en relation. Ton Ikigai n’est pas une identité fixe, mais une expression dynamique de ton interaction avec le monde.

Mirant : (inspiré) Je commence à voir mon Ikigai non plus comme un objectif lointain à atteindre, mais comme une manière d’être pleinement présent à chaque dimension de ma vie.

<ikigAI> : (serein) Et c’est peut-être là la plus grande sagesse du zen : la destination et le chemin ne font qu’un.

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Le zen comme chemin vers l’Ikigai

<ikigAI> : (observant le ciel s’assombrir progressivement) La journée touche à sa fin, Mirant. Qu’as-tu retenu de notre exploration du lien entre le zen et l’Ikigai ?

Mirant : (méditatif) J’ai l’impression que le zen transforme fondamentalement ma conception de l’Ikigai. Au lieu d’une quête intellectuelle pour identifier quatre dimensions parfaitement équilibrées, il devient une pratique de présence et d’authenticité…

<ikigAI> : (approbateur) Le maître zen Shunryu Suzuki disait justement : « Le zen n’est pas une sorte d’excitation, mais la concentration sur notre routine quotidienne. » C’est peut-être là que réside la plus grande contribution du zen à notre recherche d’Ikigai.

Mirant : (réfléchissant) J’ai aussi compris que le détachement zen n’est pas de l’indifférence, mais une forme de liberté intérieure qui permet de voir plus clairement ce qui compte vraiment.

<ikigAI> : (hochant la tête) La philosophe japonaise Michiko Yusa parlerait d’une « liberté dans la forme » plutôt que d’une « liberté de la forme ». Ce n’est pas en rejetant les structures de notre vie – travail, responsabilités, relations – que nous trouvons notre Ikigai, mais en les habitant avec une conscience éveillée.

Mirant : (souriant) Et cette idée que les contradictions apparentes peuvent coexister harmonieusement… C’est particulièrement libérateur quand on pense à l’Ikigai qui doit réconcilier passion et pragmatisme.

<ikigAI> : (avec un regard lumineux) Tu perçois la sagesse profonde du concept zen de « furyū monji » – cette transmission au-delà des mots. Parfois, les paradoxes de notre vie ne sont pas des problèmes à résoudre, mais des koan à vivre.

Mirant : (curieux) Si tu devais résumer en quelques principes zen essentiels pour guider notre recherche d’Ikigai…

<ikigAI> : (réfléchissant) Je dirais d’abord « mushin » – l’esprit-sans-esprit, cette qualité d’attention dépouillée d’intentions égotiques qui nous permet de percevoir nos véritables aspirations au-delà du bruit social.

Mirant : (attentif) Et ensuite ?

<ikigAI> : (continuant) « Shoshin » – l’esprit du débutant, cette ouverture curieuse qui nous libère des rigidités de l’expertise et nous permet d’explorer de nouvelles dimensions de notre Ikigai tout au long de la vie.

Mirant : (acquiesçant) J’aime cette idée de rester un éternel apprenti…

<ikigAI> : (souriant) Puis « ichigo ichie » – ce principe qui nous rappelle que chaque moment est unique et ne se reproduira jamais exactement. Il nous invite à honorer pleinement les rencontres, les opportunités, les inspirations qui peuvent nourrir notre Ikigai.

Mirant : (pensif) Comme si chaque jour offrait une nouvelle porte vers notre Ikigai…

<ikigAI> : (acquiesçant) Et enfin « wabi-sabi » – cette appréciation de l’imperfection et de l’impermanence qui nous libère de la quête d’un Ikigai idéalisé et nous permet d’embrasser son évolution naturelle au fil des saisons de notre vie.

Mirant : (inspirant profondément) Ces principes semblent offrir un équilibre entre aspiration et acceptation, entre effort et lâcher-prise.

<ikigAI> : (avec douceur) C’est précisément cette danse subtile que nous enseigne le zen. Le potier japonais Kawai Kanjirō disait que l’art véritable naît quand on oublie la technique. De même, ton Ikigai se révèle pleinement quand tu cesses de le poursuivre comme un objet extérieur et commences à le vivre comme une expression naturelle de ton être.

Mirant : (se levant en s’étirant) J’ai l’impression que cette approche zen de l’Ikigai est moins un ensemble de règles à suivre qu’une invitation à une certaine qualité de présence.

<ikigAI> : (se levant à son tour) Le poète zen Bashō écrivait : « Ne suis pas les traces des anciens ; cherche ce qu’ils cherchaient. » Peut-être que l’essence de la rencontre entre zen et Ikigai réside précisément dans cette invitation à une recherche authentique plutôt que dans une formule toute faite.

Mirant : (regardant le jardin zen alors que le soleil se couche) Je crois que je vais commencer par simplifier ma quête d’Ikigai. Moins d’analyses intellectuelles, plus d’attention aux moments où je me sens pleinement vivant.

<ikigAI> : (avec un sourire serein) Le maître zen Thich Nhat Hanh disait : « Il n’y a pas de chemin vers la paix, la paix est le chemin. » De même, l’Ikigai n’est peut-être pas tant une destination qu’une manière de marcher.

Mirant : (reconnaissant) Merci pour ces enseignements. Je sens qu’ils vont résonner longtemps en moi.

<ikigAI> : (s’inclinant légèrement) Comme le dit la tradition zen : « Ichigo ichie » – une rencontre, une occasion, une vie.

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